L’élevage du mouton
C’est la course à l’herbe qui guidait le berger pour conduire son troupeau d’un pacage à un autre notamment aux abords des estives près des Brèches de Giniol, sur le plateau de Lair de Laurie ou encore sur celui du plateau du Bru de Charmensac..

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Qu’on gardait des chèvres, des moutons ou encore les vaches, il fallait en permanence tirer profit de la diversité d’une offre fourragère sur son territoire afin d’assurer une alimentation suffisante à ses bêtes pour avoir une bonne production laitière.
Garder les vaches à la belle saison était souvent le travail des enfants qui partaient pour la journée. Le gardiennage des chèvres pouvait être confié aux vieux. La garde des moutons et des chèvres demandait un certain savoir-faire car il ne suffisait pas d’emmener le troupeau, il fallait être autonome, connaître les variétés fourragères, guider les bêtes, les empêcher souvent de dépasser les limites des communaux ou des montagnes à l’estive. Le gardiennage collectif fut aussi pratiqué dans la plupart des hameaux du Cézallier.
Le dernier berger de Charmensac était Monsieur Célestin Mazin qui gardait jusqu’à trois troupeaux (un seul lui appartenant). Le soir venu, les moutons se répartissaient d’eux-mêmes en trois unités, lors du retour au village et rentraient dans leurs étables-bergeries respectives.
Le recul du pastoralisme à induit une profonde modification des pratiques dans des pâturages clos.
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Au fil des siècles, chaque région a accueilli un type de mouton conforme aux exigences du terroir. Pour la vallée de la Sianne, ce fut le bizet, une race particulièrement bien adaptée au pays..

Relancé en 1996, le bizet, malgré son passé prestigieux multi centenaire, a du mal a repeupler la campagne auvergnate.
Née entre Sainte-Florine et Massiac, cette race de brebis de chez nous était élevée autrefois par la plupart des bergers de la vallée de la Sianne.
Le bizet, brebis dotée d’un caractère facile, ne rechigne pas au travail. Docile, elle est une bonne mère et peut vaquer à l’air libre toute l’année. Peu gourmande en période sèche, mais affamée si l’herbe est abondante, ce fut la bête idéale pour les espaces variés de la vallée de la Sianne.
Le bizet est facilement reconnaissable a sa tête fine chanfrein busqué et à sa face noire qui porte une liste blanche. Ses membres sont fins et solides, noirs avec des balzanes blanches. Les agneaux naissent noirs et blanchissent ensuite. Le bizet avait son marché spécifique à Massiac.Un seul exploitant assure désormais sur notre territoire l’élevage du bizet (Trémoulet, plateau de La Bastide)

Tsabona di pastre (prononciation locale), Chabana del pastre (occitan). Pour passer la nuit au milieu des pâturages de montagne, à proximité de ses bêtes rassemblées au parc, le berger disposait d’un abri mobile rudimentaire : la chabonne.
L’élevage du mouton était jusqu’à la moitié du XXème siècle une activité présente dans chaque village sur le versant oriental du Cézallier. Le métier de berger s’exerçait dehors et par tous les temps.Grâce à ses roues et au timon, le berger pouvait déplacer sa cabane au fur et à mesure de la rotation du parc. Ce qui était bien pratique. La cabane avait été conduite de la ferme aux pâturages par deux boeufs attelés.
Guère plus confortable qu’une niche à chien, le berger disposait toutefois d’un endroit fermé pour se reposer et rassembler quelques objets personnels et des victuailles.
Dans ce refuge fait de planches, le berger avait juste la place de se coucher. Il y accédait par une porte coulissante. Certaines cabanes possédaient aussi une petite fenêtre d’aération.
Cette roulotte fut d’abord recouverte en chaume. Par la suite beaucoup seront recouvertes en zinc. Dans cet espace clos l’isolation thermique était inexistante et en cas de grêle le martelage de la tôle était insoutenable.

La technique de fumure des prairies et des côtes par les moutons parqués pendant la nuit loin de la ferme obligeait le berger à pratiquer un élevage ambulant. Il devait donc coucher près de son troupeau dans un habitat mobile rudimentaire souvent baptisé en Auvergne « le carosse ».
L’on sait par les documents d’archives que la cabane de berger existait déjà à la fin du Moyen-Age dans nos contrées.
Toute les parties de la cabane comme l’atteste les spécimens inventoriés dans le Cézallier étaient réalisées en planches. Posée sur un châssis rectangulaire de deux mètres par un mètre, montée sur deux roues de char, raidie par des traverses d’un bois résistant, la cabane de berger y était fixée solidement.
Les parois et la toiture étaient généralement en sapin clouées sur la structure de base. La couverture à deux pentes (parfois à une pente) était souvent en chaume, puis au 20eme siècle en tôle ou en zinc. La porte d’accès à l’intérieur du modeste abri, coulissante, s’ouvrait sur une des parois latérales.
Sous le longeron du châssis était fixée le porte essieu qui recevait l’axe des roues. Après avoir été monté les roues en bois, pleines ou rayonnées, il ne restait plus qu’à atteler la cabane en fonction du lieu de pâturage.
Durant l’hiver, la cabane était installée dans certaines fermes dans un coin de l’étable pour que le berger profite de la chaleur de ses bêtes. Dans le Cézallier il n’existait pratiquement pas de bâtiments affectés à l’usage exclusif du mouton. La plupart du temps les bêtes étaient logées dans l’étable, séparées des vaches par des claies en bois. Souvent nourris sur les pâtures communales durant l’hiver, l’étable servait seulement à faire coucher les moutons pendant les nuits froides.
Mais depuis bien longtemps, dans les années 1950 selon les anciens du pays, la cabane de berger est tombée en désuétude. Certaines ont été converties en clapier ou poulailler, d’autres ont été remisées dans un coin de la grange. Beaucoup ont trainé dehors et ont progressivement pourris. Ce lit clos mobile du berger est désormais introuvable
Les femmes du pays tricotaient et filaient la laine brute. Elles passaient de longues heures assises ou debout à filer la laine qui provenait des troupeaux du pays après lavage dans la Sianne. Joseph Fialip se souvient de sa grand-mère et de sa tante particulièrement efficaces avec leur quenouille aux villages de Feydit et Grèze.
… « Ma grand-mère Marie-Jeanne, dite La Menée, tricotait pour occuper ses longues journées d’immobilité sur sa chaise. Elle utilisait de la laine du pays, marron ou grise, et des aiguilles en fer fines et courtes. Elle confectionnait des chaussettes pour les hommes et les enfants, des bas pour les femmes. Ces gros bas de laine constituaient une belle protection contre le froid et aussi protégeaient très efficacement les jambes contre les piquants, les cailloux et les poussières dans les travaux des champs ou les soins du bétail.
Elle tricotait aussi avec de la grosse laine des manchons d’environ 10cm de longueur, sorte de demi-mitaines qu’elle portait elle-même ou qu’elle confectionnait pour d’autres personnes âgées et qui recouvraient les poignets et les mains jusqu’à l’articulation des doigts. La main et l’avant-bras étaient ainsi efficacement préservés du froid et les doigts restaient libres pour pouvoir travailler.
La laine qu’elle utilisait était aussi le produit de son travail. Elle passait, en effet, de longues heures à filer la laine à la quenouille avec une habilité consommée. La quenouille, d’un peu plus d’un mètre, était en bois de noisetier ou de saule. Un bois très simple, susceptible d’être partagé en lamelles et d’être tressé, est nécessaire pour constituer une belle quenouille. Une extrémité du bâton est fendue en quatre sur une vingtaine de centimètres. Ces quarts sont taillés en lamelles, moulés en arrondi et réunis à l’extrémité pour former une petite cage sphérique, destinée à recevoir la laine brute.
Ma grand-mère fixait le bâton à sa ceinture très solidement. Avec sa main gauche elle façonnait le fil à partir de la laine brute, commençait à le tordre entre le pouce et l’index. Elle l’entortillait ensuite sur un fuseau en bois, auquel elle impulsait un mouvement de rotation très rapide avec sa main droite. Le fil de laine était ainsi formé mètre par mètre et enroulé sur le fuseau. Les fileuses travaillaient débout ou assises. Ma grand-mère travaillait assise.
Ma tante Gathe passait elle des heures sur la place du village avec sa quenouille et ses fuseaux. Elle regardait les passants, faisait la conversation et ses mains et ses doigts ne s’arrêtaient pas. La laine s’étirait, le fuseau tournait à l’allure d’une machine bien réglée.
La laine qui provenait des troupeaux du pays était lavée sur place. Pour cela, on allait à la rivière la Sianne ou au ruisseau le plus proche, l’été par un jour ensoleillé. Après lavage dans l’eau le séchage se faisait sur l’herbe des prés. Il fallait seulement avoir recours à un artisan de Massiac ou d’Allanche pour le cardage. Il était payé en nature et il achetait les surplus de marchandise. Ce cardage se faisait à la main, au moyen d’une planche garnie de pointes métalliques, mobile autour d’un axe et actionnée à la main. Cette planche se balançait sur un support en bois où la laine était placée manuellement. Elle tombait ensuite, toute vaporeuse, dans une grande corbeille.
Dans la famille la génération des fileuses à la main s’est éteinte avec ma grand-mère et tante Gathe. Les jeunes filles n’ont pas continué ce travail. Les cardeurs professionnels, en effet, se mécanisèrent et livrèrent, à bon prix, la laine du pays, toujours blanche, grise ou marron en couleur naturelle, les teintures n’étaient pas utilisées, en écheveaux filés… »
Joseph Fialip
Extrait du livre-souvenirs "Itinéraire d’un enfant de la vallée de la Sianne"
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