Vie agricole : le travail (1)
Denis évoque avec précision la ferme familiale dans laquelle il a passé toute sa jeunesse au hameau du Lac sur la commune de Vèze, une construction traditionnelle auvergnate dite ferme-bloc en hauteur, c’est-à-dire avec un étage d’habitation. Avec minutie il passe en revue tout ce qui faisait la vie dans une ferme vers 1950. Inventaire pour raviver la mémoire sur les parties constituantes d’une exploitation agricole autrefois.

La ferme-bloc : un seul bâtiment pour les bêtes et les gens
1) Positionnement de la ferme-bloc en hauteur
a) Exposition :Façade à l’est au soleil levant.
b) A mi-pente sur le versant : pâturages plus haut (12), prés de fauche plus bas (11), champ cultivé à proximité du village (13)
c) A 300 mètres du village, ce qui explique sa nécessaire autonomie : four à pain et source (7)
d) A proximité d’un chemin de desserte A
e) Sur un léger faux-plat.
f) Ruines (14) d’une ancienne ferme antérieure à celle-ci
g) Haute haie de frênes(15) et de noisetiers(17) parsemée de quelques ormes (16) et cerisiers sauvages (guignes) (18).

2) Différentes dessertes de la ferme
a) Chemin vicinal du Lac à Vèze, dit chemin du Moulin (un moulin existait aufranchissement du ruisseau du Lac.)
b) Chemins desservant les prés en contrebas, vers la rivière
c) Chemin desservant les pâtures situées sur le haut du versant
d) Montée de la grange
e) Entrée de l’étable
f) Accès au tas de fumier
g) Accès à l’abreuvoir
3) Annexes
1) Réserve de bois de chauffage
2) Stockage du fumier pendant les mois d’hiver
3) Jardins sur le devant : primeurs : salades, petits pois, carottes, persil, radis...jardin sur le derrière du bâtiment : légumes plus tardifs :haricots, navet, choux, pommes de terre.. .
4) Ruche
5) Abreuvoir en bois :utilisé matin et soir en hiver
6) Baquet pour rincer la lessive
7) Source
8) Cour pavée
9) Enclos où dormaient les boeufs en été
10) Enclos où étaient enfermés les cochons pendant la journée en été.
Structure d’ensemble du bâtiment
1) Dimensions extérieures
Longueur de façade : 22,50 mètres.(18,5 + 4 ) Hauteur de façade : 5,50 mètres. Largeur de pignon : 10 mètres. Hauteur centrale du pignon : 11 mètres. Mur arrière aux trois-quart enterré.
2) Les différentes pièces
a) La salle commune:8m. X 4,5 m. b)Le salon ou la chambre:4,5 m. X 2,5 m c)La cave:2,5 m. X 3m. d)Le four:3m. x 3 m. e)Le passage:3,5 m. X 2,5 m. f)L’étable:8m. X 9,5 m. g)La grange:8,5 m. X 21 m.
3) Les sols
Plancher(20) sur poutres(21) s’appuyant sur les murs pour la partie habitation. Dallage en pierres plates(22) devant la partie cheminée de la salle commune et sur leseuil..
Double plafond en bois(23) pour la salle commune et le salon.Dallage en petits pavés ronds ou « pisé »(24) pour la partie étable. Plancher de la grange sur grosses poutres (50 cm d’épaisseur)(25) en sapins s’appuyant sur les murs avant et arrière. Plancher plus épais à l’entrée formant le « soü ».(26)
4) Les murs
Du rez-de-chaussée en pierres, bâtis à l’extérieur et à l’intérieur avec remplissage entreles deux, environ un mètre d’épaisseur. De la grange, allant en s’amenuisant vers le haut. Le mur arrière presque entièrement enterré.
5) Le toit
S’appuie sur des séries de deux poutres(30) en opposition, reliées par deux traverses (31)à deux mètres du sommet, calées sur les murs avec deux pièces en bois (32) et en appuis sur des corbeaux (37) en pierre. Les poutres sont recouvertes par la douelle(33) (planches de 2 cm d’épaisseur). Les lauzes (34) de plusieurs cm d’épaisseur, sont fixées sur la douelle avec des chevilles en bois (35). Des faîtières en pierre (36) recouvrent le faîtage.
6) Les ouvertures
Les ouvertures sont en pierres de taille.La porte de l’étable est cintrée avec une clef de voûte.Les fenêtres de l’étage donnant sur la grange ont été construites initialement, bien qu’il n’y ait pas de chambres. La porte de la maison est surmontée d’une pierre où est écrit en relief l’année de construction
Les parties de la salle commune :alcôve , armoires, entourage de cheminée, fausse cheminée et entourage de la chambre ont été réalisés en panneaux de chêne par Monsieur Jarry (père) menuisier à Vèze.

Pour les gens
A) Salle commune
Salle à vivre à la fois cuisine, salle à manger, salon, salle de bains et chambre.
1) Alcôves*
2) Armoire penderie*
3) Horloge centrale*
4) Marche ou parfois coffre devant le lit
5) Armoire à nourriture. (petite armoire)*
6) Placard au dessus de l’accès à la cave*
7) Cheminée en partie dans le mur, surmontée et encadrée de panneaux de bois*. Sol en grande pierres plates.
8) Cuisinière à bois. Sous la cheminée en été, avancée en hiver. Faisant fonction de plaque dessus, avec four et production d’eau chaude(bouilloire latérale.
9)Armoire à vaisselle et nourriture*
10) Evier en pierre avec évacuation extérieure directe, donnant sur la fenêtre.
11) Niches
12) Buffet avec vaisselle et papiers en haut et vêtements en bas.
13) Table
14) Tiroir à pain et à fromage
15) Tiroir à couture et tricot
16) Bancs
17) Table avec réchaud à pétrole pour le café du matin.
B Chambre ou « salon »
Cette pièce portait le nom de salon car dans certaines fermes elle pouvait être aménagée pour permettre aux « patrons » de recevoir les gens de la « haute.
1) Lits
2) Armoire
3) Fausse cheminée surmontée d’un miroir* 4) Cloison en bois, avec soubassements en panneaux de chêne*
C Cave
Pièce avec une voûte en pierres et une petite ouverture plein nord, donc très fraîche, faisant fonction de réserve de nourriture et de laiterie.
1) Tonneau de vin
2) Saloir en grès pour le cochon
3) Réserve de pommes de terre
4) Ecrémeuse
5) Jatte à crème
6) Baratte à beurre
7) Planche suspendue pour le fromage
8) Baquet pour le petit lait distribué aux cochons
D Four
Pièce voûtée dans le prolongement de la cave. La ferme était dotée d’un four car elle était un peu éloignée de village et donc du four communal ou « banal ».
1 ) Fournil rond en briques réfractaires
2) Porte et dégagement des fumées
3) Dégagement permettant aussi de stocker les fagots de bois (branches de frêne sèches dont la feuille avait été mangée par les vaches donnant du lait et les outils (pelle à enfourner et racloir à braises).
E Le passage ou « l’escouradou ».
Pièce permettant de passer directement de la salle commune à l’étable et servant aussi de débarras ou au stockage de certain produits : grain ou pommes de terre
1) Sacs de grain pour les poules. 2) Grain en vrac pouvant être écrasé pour les cochons. 3) Penderie pour vêtement de pluie ou de travail (tablier en toile pour traire, canadienne, bottes...)

Pour les animaux
L’étable
Lieu de vie de tous les animaux pendant la période hivernale.
a) Les animaux d’attelage :boeufs ou vaches
b) Les vaches laitières
c) Les génisses (2 ans)
d) Les veaux nés pendant 1 ’hiver. 1) Mangeoires ou crèches avec trappes permettant de donner le foin directement de la grange. 2) Lit en pavé ou « pisé ». 3) Rigole en pavés permettant l’évacuation du fumier et du purin.
e) Les cochons 1)Auge en pierre. 2)Lit en planches pour être au sec. 3)Sol de la soue en pavés.
f) Les poules
Le perchoir composé de lattes en bois clouées sur deux poutres voisines du plafond. 2) Les pondoirs : caisses en bois accrochées au mur contenant le « niraü » oeuf laissé en permanence dans la caisse.
g) Les lapins : Dans le clapier ou les cages aménagées sous l’escalier permettant l’accès à la grange.

G )La Grange
Recouvrant l’étable et la partie d’habitation ,elle servait en premier pour le stockage de la nourriture du bétail :
1) Le foin sec tassé en vrac à partir du plancher et recoupé à la fin de la fenaison pour former la « mouta ».
2) Au dessus : a)Le regain coupé plus tard et donné aux vaches en hiver. b) La feuille de frêne en fagots secs pour les vaches et les lapins. c) La paille pour la litière.
3) La partie dégagée à l’entrée, ou le « soü » permettait le stockage du matériel : a) La charrette à foin. b) Le tombereau à fumier.c) La charrue et la herse.
C’était aussi l’endroit où l’on préparait, à la main, les bottes de foin distribuées ensuite aux animaux et où l’on battait le blé au fléau ou à la roue, où l’on vannait le grain avec le vannoir ou « ventadou »
L’exploitation
1) Exposition sur versant nord du ruisseau du Lac.
2) Superficie : 35 ha dont 10 hectares de prés souvent en pente.« Déprimage » au printemps en mai.Fenaison en juillet et Août. Récolte du regain ou pâturage d’automne.
2 ha de champs : Pommes de terre pour les gens et l’engraissement des cochons. Avoine et orge pour les volailles. Blé « russe » ou seigle, pour la paille.
23 ha de pâture:3 ha pour les boeufs ou les vaches d’attelage, à proximité du village.6 ha pour l’estive des vaches laitières à proximité d’un point d’eau.14 ha de « montagne » pour l’estive des bourrettes femelles de 1 an à 2 ans.
Bois essentiellement fourni par les haies de frênes, de hêtres et de noisetiers
3) Cheptel : 2 boeufs d’attelage principal moyen de traction.6 vaches laitières. 6 bourrettes. 6 veaux, 2 fois 3 cochons. 30 bourrettes prises à l’estive, de mai à octobre, à la montagne.
4) Matériel
Tiré par l’attelage : boeufs liés par un joug avec les lanières en cuir (les « juilles ») Charrette ou char pour le transport du foin, de la paille, du bois...Tombereau pour le transport du fumier, des pommes de terre...Charrue ou brabant, herse...Démousseuse. . .
Outils manuels : Faux, râteau, fourche... pour la fenaison. Coupe-foin... pour débiter le foin en hiver. Faucille, « liadou », fléau, vanoir... pour la moisson et le battage. Pelle, râcloir et balai en hêtre ou bouleau... pour nettoyer l’étable en hiver. Bêche, binette, pioche, houe... pour le jardin et les champs. Hache, passe-partout, coin, masse... pour le bois
Outils pour la transformation du lait : Selle à un pied, corne à sel, seaux, tablier en toile... pour la traite. Seaux portés avec un joug, bidon à bretelles... pour le transport. Ecrémeuse, baratte à beurre, jatte en grès, moule à beurre... pour la fabrication du beurre.
Les occupants de la ferme en 1950
Famille : père, mère, un enfant. Un berger pour la surveillance des bourettes en été. Un ouvrier agricole environ 15 jours pendant la fenaison.

Situation du hameau du Lac
Le hameau du Lac est situé sur un faux-plat, au pied de la coulée basaltique "la Roche du Lac (volcan).Il possède une source importante au pied du rocher. Les habitations sont principalement des fermes.Il n’y a pas de commerce. La ferme que nous décrivons est à environ 200 mètres du centre du hameau
On accédait au hameau par des chemins creux pour charrettes, qui étaient entretenus lors des « prestations »servitudes dues par chaque foyer.( 3 ou 4 jours de travail par an) Ces chemins déservaient le hameau mais aussi de dessertes des prés et des champs. Quelques sentiers à travers prés pour les piétons existaient également.. La route la plus proche était à 30 minutes environ à pied ou en charrette.
Communications
Dans les années de mon enfance, aucun habitant du village n’avait le téléphone. La cabine téléphonique se trouvait au bourg de Vèze/ Pour être prévenu de l’extérieur, la « Maria », responsable de la cabine de Vèze, faisait passer le message ou apporter le télégramme dès que possible. Le facteur venait au Lac tous les jours à pied ou à vélo, mais seulement tous les deux jours en hiver en cas de fortes chutes de neige et à skis. L’essentiel du courrier était constitué par le journal "La Montagne".
Confort
3 à 4 ampoules par habitation (une par pièce : salle commune, salon, étable, grange,) une ou deux prises par habitation. L’électricité était vraiment sommaire. Les toilettes et la salle de bains n’inexistaient pas encore. On se chauffait au bois : bois des haies de la propriété, frênes et noisetiers exploité individuellement par chaque famille.
Le garde champêtre gérait la coupe du village partagée en trente lots annuels. Chaque lot couvrant le versant de la rivière aux prés ou champs situés sur la partie supérieure, était desservi par trois chemins : un le long de la rivière, un à mi pente, un sur la partie haute de la forêt. Un passage tous les 30 ans permet l’abattage de chênes et de hêtres ayant entre 60 et 90 ans.
Les arbres du lot annuel marqués par le garde champêtre et abattus et préparés en commun par les hommes du village. Le lot annuel était partagé en autant de lots individuels que de foyers existant au village. Chaque lot individuel était tiré au sort et exploité par chaque famille
L’eau
Une source commune au village avec un petit réservoir permettait de tirer l’eau pour la « maison ». Le trop plein remplissait l’abreuvoir commun à toutes les fermes. Le trop plein de l’abreuvoir remplissait le lavoir ou chaque famille venait rincer son linge. Le trop plein du lavoir traversait le « couderc » (place herbeuse et commune du village) et s’écoulait vers les prés en pente sous le village.
La ferme de Patira, à l’écart du village, disposait d’une source individuelle sortant de terre, avec abreuvoir et baquet pour la lessive.
Vie communautaire
Les travaux étaient faits en commun. Il s’agissait essentiellemnt del’entretien des chemins (prestations) et de l’ouverture de ceux-ci au printemps (couper la neige et la dégager dans les chemins creux)ainsi que la préparation de la coupe. Les échanges de services faisaient partie de la vie communautaire : le prêt d’attelages de boeufs pour la sortie du bois, la journée de fauche, « bouade » avec la participation gratuite des voisins pour le fauchage d’un pré particulièrement pénible.
Les savoir-faire de chacun assuraient une division des tâches : un seul agriculteur ferrait les animaux d’attelage du village, un autre tuait et découpait le cochon dans les différentes fermes. Une personne assurait les piqûres car il n’y avait pas d’infirmier sur place.Elle mettait à disposition ses « dons » pour soigner les mammites des vaches ou lever les entorses ou les brûlures.
Lors des veillées tournantes entre deux ou trois familles les hommes jouaient aux cartes, , tricots et causette pour les femmes autour du poêle, jeux pour les enfants. Le tout se terminant par un petit encas autour de minuit.
Le premier janvier, après le travail du matin, les familles se rendaient chez leurs voisins pour souhaiter la bonne année, trinquer à l’an nouveau et boire la goutte.
Quant aux disputes, elles étaient souvent dues aux bêtes qui brisaient les clôtures et mangeaient l’herbe du voisin, ou bien à la mauvaise langue de certaines personnes. Elles s’estompaient en général avec l’hiver pour disparaître au premier janvier.
Solidarité et reconnaissance
Une personne blessée (fracture de la jambe par exemple était ramenée à pied sur un brancard par les hommes du village.(3 km.) Les hospitalisations en plein hiver réunissaient les hommes du village pour transporter les malades en traîneau jusqu’à la route (3 km.) De là, ils pouvaient être emmenés en voiture à Allanche. Les morts du village étaient portés en terre par quatre hommes du village alors que quatre femmes portaient le drap des morts qui précédait le cercueil.
Inventaire et dessins : Denis Hermet
Denis Hermet restitue ici l’organisation des activités regroupées dans la grange de la Basta au hameau de Chastre dans les années 1950. Les activités agricoles d’une ferme traditionnelle d’altitude se trouvent ici rassemblées : les crèches pour les vaches laitières, l’espace clos pour les veaux, le coin pour les boeufs et les chevaux, les lits des bergers et valets, les abreuvoirs...
La grange de La Basta, située au coeur du hameau de Chastres (Feydit/Allanche), faisait partie du domaine de La Boria.


Le bail rural est un contrat pour la location d’une propriété rurale entre un exploitant et le propriétaire du bien régit par le Code Rural.. Au cours du 20ème siècle le bail rural agricole a évolué. Voici un exemple de bail pour une exploitation des années 1930 dans la commune de Charmensac qui comprend des terrains, du matériel, des bâtiments d’exploitation et du mobilier. Il précise la durée, l’état des lieux, des charges et des conditions, le prix du fermage, les taxes foncières, les divers frais..
Entre les soussignés :
G……... docteur en médecine à Murat, agissant en son nom personnel, et comme administrateur des biens de sa femme, Henriette Madeleine R………. ; et Monsieur T………….. époux R………., fermier de la propriété du Maigre, suivant bail passé en l’étude de Maître Vigouroux , notaire à Allanche ont été faites d’un commun accord, les conventions suivantes relatives à l’état des lieux, et à la recette du mobilier mort
Article1er La date de sortie étant fixée au 1er mai de l’année du fermage, il est entendu que Monsieur T... laissera ensemencées les mêmes surfaces de terrain que celles reçues de Monsieur Rochette Louis, fermier sortant le 1er mai 1930, savoir : trois hectares en seigle ou froment, un hectare et demi en orge, un hectare et demi en avoine, quatre doubles de vesces de printemps, ces ensemencements devant être livrés en bonne recette, conformes à celles de même nature des propriétés voisines .
Article 2 Monsieur T………... reconnaît avoir reçu de Monsieur R... Louis, fermier sortant et s’engage à laisser à sa sortie, dans les mêmes conditions, le mobilier mort, dont l’énumération suit :
Deux hoyaux en état de service, deux tridents bons, une grande pelle neuve, une hache en bon état, une chaîne en fer, dite traînier, une charrue en bon état et une araire, deux jougs bien usagés,
seize claies de parc et ….....assorties avec leurs fourches, cinquante claies plus fortes et neuves pour fermer les propriétés, un tombereau en bon état avec roues ferrées, un char en bon état avec également roues ferrées, un travail en bon état, un coupe-foin, un vannoir en état de service, seize attaches pour crèches, demi-usagées , un bac en pierre ou mangeoire pour les porcs, cinq stères de bois approvisionnés dans la cour, une fourche en fer et une fourche en bois en bon état, une chaîne pour monter l’eau du puits .
Monsieur T……... reconnaît en outre avoir reçu et le voir laissé à sa sortie : une meule de foin tassé, comprise sous cinq couples ou tenailles à la grange ayant une hauteur de trois mètres quinze centimètres et pour largeur celle de la grange ; une quantité de bottes de paille de seigle du poids de quatre mille deux cent cinquante kilogrammes, et dix-huit doubles décalitres de pommes de terre ;
Article 3 Monsieur T……….. reconnaît avoir reçu en bon état d’entretien l’ensemble des bâtiments d’exploitation et d’habitation, portes et fenêtres en bon état, les clefs existant partout et les vitres à toutes les maisons, sauf aux portes des alcôves de la cuisine, les meubles meublants reçus par Monsieur T... et pris en charge par lui sont : une table de cuisine avec ses deux bancs, un buffet de cuisine usagé, une armoire à linge en bois blanc usagée, une deuxième table en chêne, dix-huit crèches à l’écurie du haut avec leurs râteliers en bon état .
Fait au Maigre, commune de Charmensac, le 26 mars 1930
Les bœufs au travail appartiennent encore au vécu des générations rurales jusqu’à l’après Seconde Guerre Mondiale. Leur usage à été lié à la fois à l’aptitude de l’animal au travail et au savoir faire de l’homme paysan au fil des générations. Le bœuf fut durablement l’un des plus précieux auxiliaire du travail du paysan.
Chargement de foin (Auriac-l’Eglise, 1970) Ferme de la Tuilière, (Charmensac, 1940)
Hommes et bêtes unissant leurs efforts dans la terre cultivée le boeuf a représenté un élément essentiel de l’agriculture des pays de moyenne montagne notamment en Haute-Auvergne avant la mécanisation et la motorisation liées à l’utilisation du tracteur symbole de modernisation à partir des années 1950. Par cette évolution un grand nombre de gestes et de techniques ont progressivement disparu de l’activité agricole.
Monsieur Racher, fier des ses boeufs (Vallée de la Sianne, vers 1955)
La paire de bœufs constituait l’unité de base de nombreuses fermes. Les bœufs ont été utilisés comme animaux de trait depuis des siècles car ils étaient dociles après dressage, développaient une bonne puissance de travail et étaient résistants à l’effort. Une source d’énergie indispensable pour le travail agricole.
En Auvergne, ils étaient surtout utilisés pour la traction des charrettes, le travail des sols et le débardage. L’attelage était relié par un joug pour permettre d’avancer ou de reculer sur le même rang et ainsi de manière synchrone.
Plus lent et moins coûteux que le cheval l’emploi de bœufs au travail assurait au paysan un meilleur contrôle de l’attelage.
L’usage de l’énergie animale notamment celle des bœufs a produit certains objets, des pratiques et des gestes, des usages concernant la dénomination et la communication du paysan avec l’animal (langage, intonation, vocalisation...)
Autour du bœuf, c’est aussi toute une organisation sociale et économique autour du paysan et de son attelage, de l’usager et du fabricant : jouguier, bourrelier, charron, maréchal ferrant...)
Monsieur Roger Roché et ses boeufs au travail durant la fenaison (Hameau de Gromière, Peyrusse)
Boeuf ou vache
La vache était elle aussi mise au labour et au charrois dans certaines fermes. Elle offrait une alternative intéressante car en plus de son travail elle pouvait fournir du lait et des veaux mais sa puissance au travail était moindre que celle du bœuf .
Le choix entre le bœuf ou la vache comme force de traction animale était lié à la taille des exploitations et donc à une stratégie familiale d’élevage. Souvent les gros travaux agricoles n’étaient pas suffisants pour occuper un bœuf tout au long de l’année dans les petites fermes ont utilisaient donc des vaches, comme le montrent les différents inventaires faits en Auvergne depuis le 19ème siècle. Ces inventaires montrent l’importance d’une ferme qui était mesurée en nombre de paires de bœufs.
Dans le Cézallier seules les grosses exploitations possédaient plusieurs paires de bœufs
Scène de labour sur le plateau de Lair (Laurie, 1940)
Le dressage d’un bœuf pour le travail durant une période d’un mois minimum était un ensemble d’apprentissages successifs basé sur la répétition des ordres et des contraintes, visant à obtenir un comportement docile et volontaire à la fois. Du dressage par le paysan dépendait l’efficacité et le rendement au travail des bœufs durant toute leur carrière.
Le dressage commençait à 10 mois pour une accommodation de l’animal à l’homme par les soins, la nourriture, l’obéissance à la voix, la conduite à l’abreuvoir, le ferrage, la solidarité avec un autre bœuf au joug.. Lors de l’essai avec la charrue, le bœuf expérimenté était toujours placé du côté du sillon.
L’apprentissage du joug et l’accouplage avec un autre bœuf expérimenté intervenait entre deux et trois ans. Le travail en attelage entre quatre et cinq ans. A partir de la sixième année il était engraissé et vendu pour la boucherie. Mais souvent en fait les paysans les gardaient beaucoup plus longtemps.
La castration des bœufs
La castration des bœufs était réalisée dans le but de réduire l’agressivité entre animaux et d’assurer la sécurité des personnes de la ferme. Elle augmentait la conformation et la masse de la bête, inhibait la testotérone ce qui rendait les mâles dociles et plus sûrs dans le travail. Elle supprimait le risque de gestations non souhaitées au sein du troupeau et permettait ainsi un élevage conjoint des bovins mâles et femelles.
La pratique de la castration des bœufs était faite entre le 6ème et le 12ème mois. Elle ne devait pas être trop précoce pour ne pas être un frein au développement corporel de l’animal. Trop tardif, la castration ne faisait qu’atténuer les caractères difficiles du bœuf.Elle pouvait être effectuée à la main par un paysan expérimenté ou à l’aide de tenailles par un vétérinaire
Monsieur Léon Avinin dirige ses deux boeufs (Laurie, vers 1970)
Le joug pièce maîtresse d’un attelage, est la pièce de bois essentielle pour atteler une paire d’animaux de trait à cornes, essentiellement des bœufs en Auvergne afin d’exploiter leur force de traction pour labourer ou tirer les charrettes, tombereaux, charrues... Il était placé sur la tête des animaux juste derrière les cornes.
Le joug est constitué d’une grande barre de bois transversale en hêtre ou en frêne. Deux encoches arrondies permettaient le positionnement des animaux. Elles étaient la plupart du temps adaptées à la morphologie des animaux. De longues lanières de cuir maintenaient le joug en position par rapport aux cornes des bœufs. La partie centrale du joug comprenait l’élément d’attache pour tracter ou des anneaux.
L’utilisation de cet outil d’attelage généralisée sur l’ensemble du territoire français à partir du 17ème siècle est devenue marginale après la Seconde Guerre Mondiale avec l’arrivée massive des tracteurs dans le Cézallier, période qui a vu d’une manière générale la disparition de la traction animale.
Le joug et ses accessoires
Les juieux : grandes lanières de cuir
les fronteaux : lanière en cuir bourré de crin, servant de matelas aux juieux quand l’animal force
le poulasseau : pièce de bois munie d’un crochet en fer et de la chine pour tirer la charge idem que ci-dessus
l’émouchère : sorte de peigne fait de fines lanières de cuir pour empêcher les mouches d’énerver les bœufs en été
La chaîne située entre les deux bœufs à la hauteur de leur tête pour relier au matériel tracté
Le masque de fer
Pour le ferrage des animaux chaque ferme possédait un "travail à ferrer" élément typique de la vie rurale en Auvergne toujours installé près des bâtiments agricoles où sur le couderc des villages. Le « travail » à ferrer est encore massivement en place dans de nombreux villages malgré qu’il ne sert plus depuis plus d’un demi siècle remplacé par le tracteur.
Ce dispositif était essentiellement utilisé pour le ferrage des bœufs ou les vaches car ces animaux ne se tiennent pas débout sur trois pattes contrairement aux chevaux.
L’immobilisation était par ailleurs indispensable pour la sécurité des paysans car le bœuf est l’animal se prêtant le moins facilement au ferrage
Le « ferradou » est constitué d’un cadre en bois très robuste dans lequel le bœuf était entravé à l’aide de sangles autrefois en chanvre tressé actionnées par deux rouleaux.
L’animal était légèrement soulevé par deux ventrières. Les cornes de la bête étaient attachées à une têtière en bois ou en fer.
Pour protéger le « travail » on le couvrait d’un toit à deux pans. Il fut d’abord en chaume ou en planche, puis en ardoise et plus récemment en tôle galvanisée.
L’aiguillon est un accessoire utilitaire pour stimuler ou guider dans la direction souhaitée le bétail notamment les bœufs lors du travail aux champs et pour la conduite des charrettes. Ce simple objet était souvent confié aux femmes et même aux enfants.
L’aiguillon était en fait un simple et long bâton flexible avec généralement à son bout l’aiguillon métallique pointu fabriqué par le paysan lui-même servant à piquer l’animal. Mais la plupart du temps un léger coup de bâton persuadait la bête à obéir aux commandements à la voix.
Monsieur Roger-Pierre André et son attelage (Vallée de la Sianne, 1970)
Joseph Fialip raconte comment dès son plus jeune âge durant la Première Guerre Mondiale, sa mère, en l’absence de son père, lui a appris à diriger un attelage devant les bœufs avec l’aiguillon dans les champs près du village de Feydit dominant la vallée de la Sianne.
… « Au printemps et à l’automne, il fallait faire les semailles. Les principales céréales étaient le blé et le seigle à l’automne, et l’orge et l’avoine au printemps, et un peu de blé noir. Pour procéder aux labours c’était avec l’araire ou la charrue à bras tirés par une paire de vaches attelées aux jougs. Il fallait être deux généralement pour ces travaux, un pour diriger l’attelage, l’autre pour maintenir et diriger la charrue. Des attelages bien dressés se dirigeaient seuls, mais c’était un assez long apprentissage même avec des bêtes dociles.
Dès l’âge de cinq ans, mon père étant prisonnier en Allemagne, ma mère n’avait appris à diriger l’attelage, constitué par deux vaches, la Rouge et la Blonde. Je marchais devant dans un sillon déjà tracé, avec le long aiguillon de noisetier à la main. Mes jambes étaient encore bien courtes et ma mère devait surveiller la charrue et son jeune bouvier. Mes sabots de bois heurtaient les mottes de terre émiettées par la soc de la charrue et j’avais bien de la peine à tenir mon équilibre dans ces terrains tourmentés.
Un jour, je suis tombé dans le sillon ; au premier abord, ma mère derrière sa charrue ne s’en était pas aperçue et, de la voix, actionnait l’attelage ; mais la Rouge, s’était arrêtée et de son museau tout chaud me poussait pour m’aider à me relever. Cette brave Rouge aurait pu continuer sa marche et m’écraser sous le poids de ses pattes, mais son instinct l’avait arrêtée et elle assistait son petit guide en danger en appelant au secours à sa manière. J’ai eu très peur. Je revois encore le lieu exact de ma chute malencontreuse. C’était dans un champ en pente, entouré sur trois côtés par des haies d’épineux et sur le côté du haut par un chemin d’accès près du village de Feydit. L’attelage avançait de gauche à droite et se trouvait vers le milieu du sillon tracé… »
Joseph Fialip
Extrait du livre-souvenirs ’Itinéraire d’un enfant de la vallée de la Sianne"
Sur le versant nord du Ruisseau de la Meule, sur un dénivelé d’environ 200 mètres, s’étalait la coupe du Lac, le bois réservé aux habitants du hameau du Lac (commune de Vèze).
Il était divisé en trente parcelles perpendiculaires à la ligne de pente. Chaque année on procédait à la "coupe" et le bois était divisé entre les sept familles. Une procédure communautaire bien réglée et acceptée par tous...
"Chaque parcelle du bois du Lac était desservie par trois chemins d’exploitation où pouvait rouler un attelage, l’un au sommet de la pente, accessible à partir des champs du village, l’autre à mi-pente et le troisième longeant le ruisseau.
Tous les trente ans, une parcelle était partiellement abattue, seuls les arbres ayant entre soixante et quatre-vingt dix ans étaient coupés (1). Ainsi la forêt se régénérait-elle à son rythme, sans bois mort ni invasion des arbustes, sans dopage ni alignement comme aujourd’hui. Là poussaient en futaie, des hêtres et des chênes majestueux au tronc rectiligne surmonté d’une large couronne de branches.
Avec la fin de la belle saison, fenaison, moisson et ramassage des pommes de terre terminés, les hommes du village étaient plus disponibles : c’est alors qu’on préparait la « coupe ».
Le jour de la coupe
A une date convenue, les hommes, un par foyer, cognée et masse sur l’épaule, passe-partout en bandoulière, coins dans la musette avec le casse-croûte et la chopine, se retrouvaient à la sortie du hameau du Lac sur le chemin conduisant au bois situé à plus de deux kilomètres.
Monsieur L’Héritier, le garde forestier, un ancien d’Indochine, avait quelques jours avant repéré les arbres à abattre sur la parcelle de l’année, en tenant compte de leur âge, de leur taille et du nombre de lots à fournir aux familles.
Le jour de la coupe, le garde forestier était accompagné du « président », un homme du village qui présidait l’opération. Chaque année ce rôle revenait à un homme d’une famille différente.
Le garde marquait de sa hachette estampillée ONF les arbres à couper. Un coup de hachette sur le tronc pour enlever l’écorce, un coup de tête sur l’entaille et les trois lettres ONF apparaissaient sur le bois nu. La même chose était effectuée sur ce qui deviendra la souche.
Pendant ce temps, le reste du groupe avait tombé la veste et préparé les outils. Au retour du garde, l’abattage pouvait commencer.
Par groupe de deux, les villageois se dirigeaient vers les arbres à abattre. On dégageait le pied : feuilles mortes, brindilles, petits rejets, puis on commençait l’entaille qui déterminerait l’endroit de la chute. Cet endroit était très important car le terrain de la coupe du Lac était très accidenté et l’accès difficile pour les attelages. On essayait donc de se rapprocher au maximum des chemins d’exploitation.
Une organisation bien rodée
A la base du tronc était donné un coup de scie correspondant environ au quart du diamètre de l’arbre, du côté où il chuterait. On dégageait la partie supérieure au coup de scie, à grands coups de cognée afin d’élargir l’entaille dans le sens de la hauteur. L’entaille terminée, le passe-partout entrait en jeu du côté opposé.
Tiré alternativement de chaque côté, l’outil bien affûté, commençait son va-et-vient et pénétrait lentement dans le tronc. Les hommes, à genoux, souvent dans une situation inconfortable, ahanaient sur les poignées et suaient à grosses gouttes. L’arbre ne bougeait pas, à peine un frémissement au bout des branches. Les oiseaux s’étaient tus. On n’ entendait que le bruit des outils et les voix des hommes.
La scie continuait son chemin. Les bûcherons s’interrompaient, plantaient le premier coin du côté opposé à l’entaille et ainsi orientaient la chute. La scie, libérée par le coin qui empêchait l’arbre de la serrer, avançait plus librement. Les premiers craquements se faisaient entendre. A chaque coup de scie, l’arbre vacillait et se penchait progressivement. Encore quelques va-et-vient de la scie, puis les hommes s’éloignaient du tronc, laissant l’outil en place. Un grand cri résonnait dans la forêt : Attention !!! A grands coups de masse, l’un des hommes enfonçait le deuxième coin à côté du premier. A chaque coup, l’arbre se penchait un peu plus. Puis sa chute s’accélérait...Les craquements s’amplifiaient...Le géant basculait complètement et s’abattait dans un fracas de branches cassées en libérant sa souche. Le débardage pouvait commencer.
A la hachette, on dégageait l’extrémité des branches. Les branchettes étaient rassemblées en tas sur place. Elles auraient trente ans pour pourrir, mais avant elles serviraient d’abris aux animaux, de nourriture aux parasites et vermines et d’engrais ou d’humus aux prochains géants.
Les branches ainsi dépouillées étaient débitées d’un coup de hache tous les deux mètres, puis charriées à bras d’hommes et entassées au bord des chemins creux. Les plus grosses et les plus lourdes étaient regroupées sur place. On viendrait les chercher avec des attelages pour les traîner jusqu’aux chemins. Elles serviront de bois de chauffage pour l’hiver.
Restait le tronc, bien droit, bien rond, sans aucune branche, souvent sans aucun noeud. Il était débité en deux billes de trois ou quatre mètres. Chaque bille restait sur place. Plus tard, elle serait elle aussi, tirée par les attelages jusqu’aux chemins.
Hommes et bêtes à la manoeuvre
Ainsi, pendant une semaine, les hommes abattaient les arbres et préparaient le bois pour le transport. Le dernier jour, ils venaient avec un ou deux attelages, de préférence des boeufs, car la tâche était rude. Une chaîne, le « trinéi », était accroché au joug. Les boeufs liés avançaient de chaque côté de l’énorme bille.
Arrivés à cinquante centimètres de l’extrémité, la lourde chaîne venait entourer le tronc. On faisait donc baisser la tête aux boeufs afin que la bille touchât le joug et on amarrait bien la chaîne. Un "ha" d’encouragement. Les bêtes se campaient sur leurs quatre membres, tendaient leurs jarrets et levaient la tête.
La bille était soulevée à l’avant, évitant ainsi les vieilles souches ou les rochers épars sur le sol. Les boeufs avançaient d’un pas lent entre les arbres, donnant le coup de reins nécessaire si une souche retenait la bille qui traînait sur le sol, jusqu’au chemin le plus proche.
Les branches et les billes étaient ainsi regroupées au bord des chemins.
Sept lots de bois de valeur équivalente, (sept lots car il y avait sept foyers au village) étaient ainsi rassemblés le long de chacun des trois chemins d’exploitation. Le dernier jour, le garde revenait vérifier que seuls les arbres marqués avaient bien été abattus et marquait chaque lot de un à sept, en chiffres romains, d’un coup de serpette, en présence de tous.
Le soir, en présence du président de l’année, réunis autour d’un verre, sept papiers numérotés étaient jetés dans un chapeau et chacun venait tirer le numéro de son futur lot.
Le sort en était jeté et personne ne discutait l’attribution même si le lot du voisin semblait plus attrayant (grosses billes ou accès plus faciles).
Si l’arrière saison était belle, chaque famille pouvait venir avec son attelage récupérer son bois. Si non, elle attendait le printemps suivant.
La charette était arrêtée dans le chemin creux. Les branches empilées à la main sur le véhicule et amarrées avec une corde. La charette ainsi chargée, parfois surchargée, était ramenée à la ferme au pas lent des boeufs. Souvent deux ou trois heures étaient nécessaire au retour. Arrivés à la ferme, les boeufs passaient à l’abreuvoir, puis étaient déliés et avaient droit à une bonne ration de foin. Les branches, quant à elles, étaient stockées verticalement contre le mur exposé au sud, ainsi elles pouvaient commencer à sécher avant d’être débitées en rondins. De belles bûches pour alimenter la cuisinière et la cheminée.
Quant aux grosses billes de bois, représentant une certaine valeur, elles étaient soulevées par les boeufs sur la charette et ramenées à la scierie pour y être débitées en plateaux, planches, madriers selon les travaux à réaliser à la ferme.
Sept à huit journées,étaient nécessaires pour rentrer le bois de chauffage pour l’année et stocker le bois utilisable pour les travaux de charpente ou de menuiserie. Rajoutées aux quatre ou cinq journées de préparation en commun, la coupe mobilisait les hommes du village pour au moins deux semaines".
Denis Hermet
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1) Souvenirs d’une pratique communautaire encore en vigueur dans les années 1950.
Tuer le cochon à la ferme pour sa consommation fut une tradition autant qu’une nécessité pour les familles paysannes. Après des mois d’engraissement dans les soues, parfois de vraies petites maisons, le sacrifice du cochon était un évènement rituel dans l’année agricole.
Le jour du cochon on s’entourait de multiples précautions pour éviter les souffrances à l’animal et ne rien perdre de sa chair. On devait donc être plusieurs pour l’abattage, l’égorgement, le grattage des poils, le nettoyage, le vidage, le dépeçage, la découpe et l’utilisation de tous les morceaux.
Le jour du cochon était vécu comme une journée importante pour l’alimentation de la famille, un temps fort d’entraide aussi. Avec l’évolution des modes de vie et les nouvelles règles sanitaires cette pratique à aujourd’hui quasiment disparu.

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Le porc était pour les familles paysannes la viande de consommation courante. Il fallait donc engraisser la bête avant de la sacrifier. Joseph Fialip du hameau d’Escrouzet (Molèdes) raconte cette journée de travail collectif d’abattage entourée de pratiques et de coutumes bien rodées.
..."Seulement quelques fermes, généralement les plus importantes, possédaient des mères porcines reproductrices. L’élevage des petits porcelets était très délicat et demandait des soins de tous les instants, surtout au moment des naissances, où il fallait surveiller la portée en permanence, même la nuit au début, en raison des risques d’écrasement par la mère, soit dans ses déplacement soit en se couchant.
Ma grand-mère n’avait pas la possibilité de faire cet élevage. Alors, chaque année, elle achetait deux porcelets d’un mois dans une ferme d’élevage et les nourrissait jusqu’à environ huit à dix mois avec du petit lait, résidu de la fabrication du beurre et du fromage, avec des pommes de terre et du son provenant des restes de la fabrication de la farine au moulin.
Lorsqu’une bête était jugée bien prête, avec suffisamment de poids et de lard, il fallait la sacrifier et la mettre en conserve pour nourrir la maisonnée pendant plusieurs mois. Le jour était fixé à l’avance, car il fallait faire appel à un tueur amateur, qui se chargeait de saigner l’animal et de le découper. C’était le travail d’une journée entière et on appelait ce jour « la saint cochon ».
C’était un paysan ou un ouvrier agricole qui opérait ainsi pour un village ou même plusieurs villages. Pour le travail d’abattage, il lui fallait l’aide de plusieurs personnes. La bête était saignée vivante, un travail assez cruel. Une personne, généralement une femme, recueillait le sang dans un seau. Il fallait ensuite enlever tous les poils du corps du cochon. Alors on le brûlait.
Etalé sur des rondins de bois le corps de l’animal était couvert de paille puis on y mettait le feu pour consommer les crins. Les endroits peu accessibles étaient nettoyés avec des torches de paille. Il fallait ensuite procéder au lavage pour enlever les cendres et les parties de couenne soulevées par la chaleur du feu avec de l’eau chaude et des morceaux de tuiles plates qui servaient de brosse.
Le tueur procédait ensuite au dépeçage de la bête : extraction des boyaux, des poumons, du foie et des reins et partage en morceaux susceptibles d’être convenablement salés et prêt pour une cuisson.
La confection du boudin avec le sang du cochon était l’affaire des femmes. Pour les saucissons et les saucisses le meilleur de la viande était utilisé avec très peu de gras. C’était un travail de plusieurs jours. La mise en conserve était faite dans des jarres en grès, avec du sel et de la saumure récupérée des précédentes opérations.
Pour cette fête, une coutume était religieusement respectée, celle d’associer les familles voisines à l’évènement. A chacune on apportait une assiette comprenant une saucisse, un morceau de boudin, une tranche de filet à rôtir, le tout recouvert d’un morceau de crépine. Cette coutume très conviviale entretenait les liens d’amitié et de solidarité entre tous les habitants du village d’Escrouzet. On appelait cette assiette offerte la « grillade », car tous les morceaux contenus étaient consommés frais et grillés, alors que tout autre viande après salage était cuite à l’eau… »
Joseph Fialip,
Extrait du livre « Itinéraire d’un enfant de la vallée de la Sianne »
Former les gerbes de foin et les rassembler avant de les engranger procédaient d’une technique traditionnelle avant le temps de la mécanisation. Après une journée de coupe, le champ pouvait être recouvert d’une vingtaine de « plangeou », grosses meules de paille terminées en pointe comme une énorme cloche.

« Dans un premier temps, chacun prenait sa rangée de javelles. Debout, chaque moissonneur préparait d’abord son lien en prenant une poignée de paille qu’il torsadait et étirait. Ensuite, chacun passait le lien sous la javelle, raccordait les deux bouts en faisant un noeud par simple torsion et d’un coup de liadou, bloquait le noeud entre le lien et la paille. La gerbe était ainsi formée...
Les gerbes regroupées par dizaines environ, appuyées les unes contre les autres, les épis vers le haut, formaient un « gendarme ». Ensuite, quatre gerbes retournées, liées les unes aux autres, formaient une sorte de chapeau. Les épis, ainsi regroupés au coeur du « gendarme », finissaient de mûrir à l’abri de la pluie.
Regroupement des gerbes
Le soir, le petit champ moissonné, pouvait être recouvert d’une vingtaine de gendarmes ou bien on regroupait toutes les gerbes au milieu du champ formant un plangeou ou petite meule de paille qui correspondait environ au contenu d’une charrette. On rangeait alors les gerbes à plat sur le sol, le unes contre les autres, les épis au centre. La spirale des gerbes se soulevait progressivement au milieu, comme une coquille d’escargot, pour se terminer en pointe comme une énorme cloche.
Par une belle journée on rentrait la paille et le grain. Un attelage était rangé près du plangeou ou circulait entre les rangées de « gendarmes ». Les gerbes, déposées en travers sur le char, les épis au milieu et le cul à l’extérieur, croisées entre elles, s’amoncelaient entre les deux « estanteires. La perche chevillée à l’avant et billée à l’arrière bloquait l’ensemble des gerbes. Ainsi, le convoi ressemblait à un énorme hérisson.
Arrivé à la grange, on empilait soigneusement les gerbes à proximité du « sau », partie située derrière la porte, où le plancher très épais restait toujours dégagé ».
Denis Hermet
Avant d’engranger, la mise en meule était tout un art. (Ferme de Chavagnac, Laurie, 1933)
Le jour de la présence de la batteuse à la ferme était l’un des moments importants des travaux agricoles d’été qui demandait beaucoup de bras. Cela donnait lieu à un travail solidaire entre voisins qui s’aidaient réciproquement pour louer une batteuse avec sa locomobile à un entrepreneur de battage.

Commune dans les campagnes françaises vers 1890-1900 la batteuse était alors mue par une locomobile à vapeur ambulante développant généralement une force de 6 CV. La locomobile était lourde à déplacer. Il fallait un fort attelage pour la transporter d’une ferme à l’autre avant l’arrivée des tracteurs.
La batteuse était actionnée au moyen de poulies et de courroies par une machine à vapeur fixe. Ce système imposait de rassembler la récolte en un seul endroit généralement proche des bâtiments de la ferme.
La batteuse qui servait à battre les céréales pour séparer le grain et la paille a permis un énorme progrès dans l’agriculture. Les grains sortaient de la batteuse et un homme veillait au remplissage des sacs en toile de jute. Les plus costauds se retrouvaient porteurs de sacs sur leur dos en montant les escaliers jusqu’au grenier à grain. Dur travail collectif, la journée de battage se terminait autour d’un copieux repas festif préparé par les femmes.
La moissonneuse-batteuse automotrice en associant simultanément les deux opérations a permis un gain de temps et de productivité mais a mis fin à une pratique de travail collectif dans le monde paysan.
Voir le témoignage du jour de la batteuse au hameau de Chastres

Voir dans notre portail photos/diaporamas des documents d’achives sur le jour de la batteuse dans la vallée de la Sianne.
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