Vie agricole : le temps des moissons (3)
Le processus de la moisson des céréales à paille a connu ces deux derniers siècles une évolution technique qui a transformé des pratiques ancestrales de récoltes. Faucheuse, javeleuse, lieuse...les premières machines automatisées partiellement remplaçaient les méthodes manuelles. Cette mécanisation fut la première révolution agricole.
Les premières machines à moissonner ont réduit la pénibilité du travail ainsi que la dépendance à la main-d’oeuvre tout en augmentant les rendements... Des outils manuels rudimentaires aux machines agricoles, le moissonnage doit beaucoup à la mécanisation.
La première faucheuse mécanique a supplanté progressivement en Auvergne le travail à la faux, rendant la coupe des céréales et des foins plus rapide et bien moins fatigante. Développée dans la dernière moitié du 19ème siècle elle fut une véritable révolution dans le travail de la moisson des paysans et resta utilisée jusque dans les années 1950.
L’élément essentiel d’une ancienne moissonneuse-faucheuse pour les céréales est son système de coupe latérale animé par le mouvement linéaire alternatif composé d’une barre à coupe à dents mue par un va-et-vient créant une petite cisaille. Elle présentait l’avantage de préserver au mieux les tiges des blés.
L’homme assis sur un siège conduisait l’attelage et surveillait la coupe pour éviter le risque de casse des dents lors de la rencontres de pierres. Le blé coupé se déposait sur le sol et devait donc être rassemblé en javelle par une autre personne à l’arrière, souvent une femme.
Il fallait atteler au moins deux bœufs ou deux chevaux selon la configuration du terrain. Elle sera adapté pour les tracteurs.
Fauchage sur le plateau de la Bousseloeuf (Auriac-l’Eglise, vers 1950)
Moisson près du hameau de Chavagnac (Auriac-l’Eglise, 1948)
La moissonneuse-javeleuse apparue au début du 20ème siècle dans le paysage agricole auvergnat est un perfectionnement de la moissonneuse-faucheuse. Cette nouvelle machine fauchait à la fois le blé et le mettait en javelles non liées. Un gain de temps considérable.
En plus de la faucheuse ordinaire, la javeleuse comprenait à l’arrière du porte-lame, un tablier plat en forme de quart de cercle, sur lequel tombaient les tiges coupées. Quatre râteaux mobiles sur le côté en s’abaissant rabattaient les tiges coupées en arrière et les couchaient sur le tablier où elles s’entassaient avant d’être éjecter sur le côté rendant la voie libre pour un nouveau passage sans avoir besoin d’enlever les javelles.
Utilisée jusque dans les années 1960 la moissonneuse-lieuse avait amélioré les anciennes machines à moissonner. En plus du fauchage des tiges des céréales à paille, elle les conditionnait et les liait automatiquement en gerbes à l’aide d’une ficelle fine spéciale. Une fois nouée la gerbe était déversée à l’arrière de la machine.
Tractée par un attelage d’animaux de trait, puis par un tracteur, la moissonneuse-lieuse était actionnées par un barbotin, grande roue à crampons supportant l’essentiel du poids de la machine au travail pour assurer son adhérence au sol. Elle possédait un rabatteur à axe horizontal qui se relevait pour réduire l’encombrement lors du transport ainsi qu’une barre de coupe.
Moisson près du hameau de Pimperige (Peyrusse)
Moisson près du hameau de la Besseyre (Molèdes, 1950)
Avant l’arrivée du blé moissonné à la ferme, toute une série de manipulations suivait : mise en javelles, retournement éventuel pour un séchage, confection du lien des gerbes, mise en moyette et en pignon, chargement sur le char à échelles, transport jusqu’à la ferme, stockage en meules près de l’aire du prochain battage. Un temps, de la technique et des savoir-faire...
Durant plusieurs journées les travaux dans les champs souvent en pleine chaleur étaient pénibles et coûteux en main-d’oeuvre, forçant les paysans à se regrouper, y compris en famille, pour terminer la première étape de la moisson avant les pluies. Le ramassage et le transport des céréales faisaient donc l’objet de pratiques traditionnelles à l’aide de matériels souvent spécifiques du temps de la moisson.
Champs moissonné au Babory de Blesle
Quand le blé était coupé et mis en javelles, on procédait au liage des gerbes bien sèches au fur et à mesure. On liait les gerbes car sans cette opération la manipulation de la moisson aurait été impossible.
Pour lier une gerbe, le moissonneur saisissait dans chaque main une extrémité du lien réalisé à partir d’un bouquet de tiges de blé, les rapprochait l’une de l’autre et serrait très fort la paille en appuyant sur ses genoux. Puis, il croisait les deux extrémités du lien le plus près possible de la paille, les tordait ensemble, les repliait en deux et introduisait la partie repliée sous le lien qui maintenait le tout fortement serré.
Monsieur Albert Badeuil pratique le liage d’une gerbe de blé (Chazelle, Auriac-l’Eglise)
Le liadou, le bâton à lier
Très dépouillé d’aspect, le liadou, bâton à lier, était la plupart du temps un outil fait maison. Il permettait de ficeler les gerbes mis en javelle pour constituer une seule grosse gerbe. Une fois rassemblée, le moissonneur la prenait sous son bras gauche et la frappait afin de mettre les tiges de blé à la même hauteur. La gerbe était alors liée, ceinturée par un lien de paille étirée et entortillée avec plusieurs brins. La pointe du liadou était alors glissée entre le lien et la paille. Plusieurs tours de l’outil assuraient un bon serrage du lien autour de la gerbe.
Un outil banal mais essentiel pour un liage bien serré
Une fois liées les gerbes étaient mises en petits tas appelés moyettes et laissées sur place quelques jours afin que le grain continue de mûrir et sèche. Ces petits tas étaient composés de cinq ou six gerbes dressées les unes contre les autres, épis en haut, et coiffées d’une dernière gerbe épis en bas, formant une sorte de toiture et garantissant les autres de la pluie.
Le champs moissonné était recouvert de moyettes qui attendaient qu’on viennent les charger pour les regrouper en pignons.
Le traîneau ou lège tiré par la force motrice des bœufs participait sur certaines grandes surfaces moissonnées à rassembler les gerbes de blé nécessaires à la confection d’un pignon. Il s’agissait d’un usage ancestral de cet engin de portage fréquent dans beaucoup de fermes du Cézallier.
La forme normales d’un traîneau à céréales se limitait à deux longs patins aux bouts arrondis, réunis par des traverses supportant un plateau de quelques planches. Une chaîne fixée à l’avant rejoignait le joug des bœufs. Le chargement de gerbes fraîchement coupées et liées était maintenu par deux ridelles fixées à l’avant du traîneau ou par un système de cordage reliant le train arrière à l’avant. Le glissement était facilité par le rebut de chaume resté sur le sol après la coupe des tiges.
Il s’agissait donc d’un simple moyen de transport à hauteur d’homme, y compris pour les enfants, rendant facile et rapide l’entassement des gerbes avant leur regroupement en pignons.
Le contenu du traîneau était déchargé par glissement facilité à l’aide des 2 perches détachées de l’avant du traîneau.
Après la création des moyettes, les moissonneurs formaient des pignons de gerbes, chacun correspondant environ au contenu d’un char. Pour les réaliser on rangeait les gerbes à plat sur le sol, les unes contre les autres, les épis au centre. La spirale des gerbes se soulevait progressivement comme une coquille d’escargot, pour se terminer en pointe comme une énorme cloche.
Indispensable dans la vie agricole d’autrefois, le char à quatre roues, ou char à échelles, était le moyen traditionnel utilisé pour le transport des gerbes de céréales jusqu’à la ferme. L’attelage tiré par les bœufs et par la suite les tracteurs circulait près des pignons ou entre les rangées de moyettes.
Les gerbes extraites des pignons, déposées en travers sur le char, les épis vers le milieu, croisées entre elles, s’amoncelaient au maximum de hauteur. La perche chevillée à l’avant et serrée à l’arrière bloquait le chargement. Un convoi fragile qui ressemblait à un hérisson.
Le char possède quatre roues. Les roues avant sont généralement d’un diamètre inférieur à celui des roues arrières. Quoique moins hautes que celles de la charrette à deux roues, ces roues sont cependant construites selon les mêmes principes.
Les deux essieux portent la longe, pièce principale qui supportent les deux échelles latérales au moyen de quatre pièces de bois. Aux extrémités, les échelles sont maintenues entre elles par une poutre fixée de chaque côté par une clavette.
La longe est une forte poutre de bois qui réunit l’essieu avant à l’essieu arrière. Elle peut être percée de quelques trous permettant d’avancer ou de reculer l’essieu arrière pour allonger ou raccourcir le chariot selon les besoins.
L’essieu arrière était fixé à la longe sur laquelle reposait le fond du chariot. L’essieu avant n’était attaché à la longe que par un pivot autour duquel il pouvait tourner.
Après la récolte des céréales dans les champs tout reste à faire. Le battage des céréales était une opération incontournable consistant à séparer les graines de l’épi. Au fil du temps les populations rurales durent trouver le moyen susceptible de donner un meilleur rendement que l’égrenage à la main. Elles ont d’abord eu recours à l’utilisation de différents instruments manuels avant l’arrivée des premières machines.
Le battage traditionnel fut d’abord au bâton et au foulage, puis avec le fléau qui est devenu pendant des siècles l’instrument de battage le plus répandu. Ce bâton de bois dur d’apparence sommaire fut pourtant indispensable aux paysans pour récupérer les graines des céréales récoltés durant l’été.
Le fléau, un instrument rudimentaire mais décisif
Le fléau est un instrument agricole pour le battage des céréales, sorte de bâton d’un bois dur articulé en deux parties. D’apparence si rudimentaire et de maniement si simple, ce fut un outil décisif de clôture de la récolte. De lui dépendaient la quantité et la qualité des grains libérés de leurs épis.
Le fléau se compose d’un manche d’environ 1,50m et d’une batte plus courte et plus massue de 0,80m. Les deux pièces sont réunies l’une à l’autre par un système d’anneaux en cuir résistant.
L’aire de battage
Une attention particulière était portée à la préparation de l’aire de battage, une surface horizontale en terre soigneusement battue, généralement exposée au vent pour dissiper la poussière, parfois en pierre. La battage s’effectuait dans certaines fermes au seuil de la grange, à l’intérieur sur un plancher bien joint, notamment en hiver. Il pouvait aussi avoir lieu en plein milieu du village sur l’espace collectif du couderc.
Les gerbes de blé à battre saisies sur le pignon étaient étendues préalablement déliées en une couche de quelques centimètres d’épaisseur sur le sol de l’aire. Les anciens disposaient toujours les épis vers l’intérieur, la tige étant orientée vers l’extérieur. Tout autour on mettait des gerbes pour empêcher le grain de sauter au dehors.
Battage du blé sur la place Saint-Pierre à Blesle
Le battage, un moment se sociabilité paysanne
Le battage au fléau fut un grand moment annuel de sociabilité paysanne avec ses rites et ses traditions. Les batteurs travaillaient par groupe, femmes et hommes certains embauchés pour l’occasion, et parfois des enfants dès l’âge de 10 ans. Chaque batteur face à face opérant aligné et sur une largueur d’environ un mètre frappait à son tour suivant un certain rythme parfaitement cadencé et régulier, plus ou moins rapide selon le nombre de batteurs. Jamais deux fléaux ne frappaient en même temps.
D’un mouvement ample et précis, le batteur relevait le manche au-dessus de sa tête et faisait tourner le battant du fléau, comme un fouet rigide, avant de l’abattre à plat sur les tiges de blé en allongeant obliquement le bras. Ce tournoiement était sans cesse répété. Le choc faisait sortir les grains des épis. Ils étaient protégés de l’écrasement par la paille. Lorsqu’elles avaient été frappées partout les tiges de blé étaient remuées et retournées à la fourche et battues à nouveau car il restait toujours une petite quantité de grains attachés aux épis. Quand la quantité battue était suffisante la paille rassemblée à la fourche était enlevée, le grain mis en tas avant d’être vanné.
Le travail était épuisant et s’effectuait dans une atmosphère saturée de poussière, surtout lorsqu’il avait lieu dans une grange fermée. Le travail achevé donnait lieu à un bon repas de battage.
Un battage au fléau pouvait se poursuivre en hiver : un battage plus familial..
Battage du blé dans un village près de Brioude
Avant l’utilisation des premières mécaniques facilitant la séparation des grains de l’épi, les paysans ont utilisé des versions variées de méthodes et d’outils agricoles : le chaubage, la forme la plus ancienne de battage, le van pour nettoyer les céréales à l’aide du vent, le tarare, une petite mécanique enfermée dans une caisse en bois, la batteuse à bras, le trieur de grains... quel que soit la méthode, le battage manuel était une activité physique souvent épuisante.
Le chaubage, un battage rudimentaire
Autrefois l’égrainage des céréales sans l’aide d’un fléau s’effectuait parfois par un procédé tout simple : le chaubage.
Le chaubage est la forme la plus ancienne pour sortir la graine de la balle qui l’entoure. Elle ne fait appel dans ses formes les moins élaborées à aucun outil. Le paysan frappait la gerbe qu’il tenait à la main contre une surface dure. Cette technique qui fut encore occasionnellement pratiquée dans les fermes de la vallée de la Sianne au début du 20ème siècle n’était vraiment intéressante que pour des petites quantités de gerbes car très lente. Elle permettait toutefois de conserver la paille de blé ou de seigle intacte notamment pour réparer les toitures en chaume de la maison paysanne.
Pratique du chaubage au hameau du Lac (Vèze)
« A l’arrière saison, le père Magne installait « l’âne », une sorte de courte échelle très large, avec des barreaux allongés. Chaque batteur saisissait alors une gerbe, une main sur le lien et l’autre tenant le bout de la gerbe et frappait la tête contenant les épis sur les barreaux de « l’âne ». Les grains murs tombaient sur le sol au milieu des épis éclatés et des balles, la première enveloppe du grain. Un mélange qu’il fallait ensuite passer au vannoir... »
Le van, la grande coquille d’osier
Le van était un outil agricole dont les paysans se servaient pour nettoyer les céréales à l’aide du vent avant la première mécanisation. C’était un panier en forme d’une grande coquille plate sans rebord, avec un creux vers l’arrière et muni de poignées latérales, servant à séparer la paille, la balle des épis et la poussière sur les graines. Il était généralement confectionné d’un tressage d’osier, de branches de châtaignier refendues.
Le vanneur devait se tenir du côté opposé à celui du vent pour que les morceaux de paille retombent hors de l’aire de battage. Il prenait dans son van une certaine quantité de grain battu préalablement après avoir écarté la paille et les balles les plus volumineuses. Secouant alors son van tenu des deux mains et qu’il s’appuie sur ses deux cuisses, il faisait sautiller le grain et les substances qui s’y trouvaient mêlées. Dans ce mouvement les plus légères étaient emportées par l’air et les autres se rassemblaient à la surface du van.L’opération était recommencée jusqu’à l’élimination complète des impuretés .
Si le vent naturel faisait défaut, le vannage s’effectuait près de la porte charretière de la grange et en créant un courant d’air.
Cette méthode de vannage était très lente et pénible pour le paysan qui ne nettoyait pas plus de 50 kilos de grain par heure. Le vannage manuel a été mécanisé par un vannoir mobile, le tarare.
Le vannage au tarare
Le tarare appelé aussi vannoir est l’une des machines emblématiques du progrès agricole qui tirerait son nom du bruit caractéristique qu’il émet en fonctionnant. Son usage en France dans les petites fermes s’est développé au 19ème siècle jusqu’au milieu du 20ème siècle en simplifiant le travail des paysans. Le tarare tout en bois intégrait et mécanisait pour la première fois deux opérations : le vannage et le criblage, c’est à dire le nettoyage et le triage des grains de céréales.
Une manivelle qui met tout le système en mouvement, actionnée par un seul homme relevé régulièrement, entraîne un ventilateur à quatre palettes en bois (le vent) et, en même temps, le trembleur, fait de deux grilles superposées, animées d’un mouvement vibratoire.
Le mélange grain et balles est versée dans la trémie située sur le haut du tarare avec une pelle en bois. Il tombe sur le trembleur animé d’un mouvement de va-et-vient latéral. Les débris légers sont chassés par le courant d’air produit par le ventilateur. Les impuretés sont arrêtées par les grilles et versées à l’arrière. Les grains de céréales glissent alors sur un plan incliné (crible fin) qui tremble également. Une ultime grille sépare les petits grains des grains nobles qui tombent sous le tambour. Ce calibrage des grains de céréales fut, pour le monde agricole, une étape du progrès dans les rendements.
Après le fléau pour le battage, le van pour le vannage, la machine prend peu à peu le pas sur ces instruments séculaires. Au 20ème siècle, la moissonneuse-batteuse finira par les supplanter tous.
Avec le progrès de la mécanisation, le tarare fut intégré dans la batteuse.
La batteuse à bras
La batteuse à bras comme son nom l’indique était actionnée par une roue-manivelle par les bras des paysans au prix de beaucoup d’efforts physiques. C’est une machine agricole pour battre les céréales à un poste fixe, généralement utilisée dans les petites exploitations agricoles, afin de séparer le grain de la paille non comestible. Ce matériel a remplacé efficacement le battage au fléau avant l’apparition de la moisonneuse-batteuse plus puissante et plus efficace.
Les gerbes étaient placées sur la table de battage puis entraînées sur un rotor axial, le batteur, tambour composé de battes qui frappaient les tiges pour séparer les grains de leur enveloppe. Les grains tombaient dans un bac, la paille était éjectée par l’arrière de la batteuse.
Le trieur de grains
Pour ensemencer la terre les paysans avaient besoin de trier des graines saines et vigoureuses. Un premier trieur de grains fut inventé en 1857 par Jules Marot de Niort. Jusque-là, le principe de nettoyage des grains reposait sur un système de ventilation et de tamis. En s’associant avec un ferblantier il met au point en 1870 un appareil avec des alvéoles formées dans différentes grilles autour d’un cylindre en zinc actionné avec une simple manivelle.
Un trieur de grain cumulait les quatre opérations nécessaire pour un bon tri de toutes sortes de céréales : la ventilation, l’émottage, le criblage, le triage.
Avec la rotation continue de son cylindre chaque grain entrait facilement dans une perforation qui retenait seulement les gros déchets qui sortaient en bout de crible. Pas besoin de vibration dans ce système, donc moins bruyant qu’un tarare.Les graines étaient triées selon leur forme et ensuite dirigées vers des boites sous l’appareil.
Ce système de trieur à grains a donc été beaucoup dans le Cézallier considéré comme un nettoyeur assez efficace permettant l’élimination simple et rapide des éléments grossiers contenus dans les grains. Seules les grosses fermes en possédaient un. Il existait différents modèles accessibles pour les villages et les petites fermes fournis par les syndicats agricoles.
A partir des années 1960, les trieurs à grains seront intégrés aux moissonneuses.
Trieur de grains Marot
Le battage des grains est l’une des premières opérations agricoles à se mécaniser dans les campagnes françaises du 19ème siècle. Pour réduire les coûts élevés et la main d’oeuvre abondante que nécessitait ce travail annuel après les récoltes, de nombreuses innovations et équipements ont vu le jour.
Le battage qui constituait une tâche essentielle fut un laboratoire du machinisme agricole à une époque où les campagnes, notamment en Auvergne, semblaient à l’écart des transformations techniques qui touchaient les villes et le travail industriel..
La batteuse à manège
Les premières machines à battre les céréales, substitut au pénible et coûteux battage au fléau, furent à l’origine très rudimentaires. C’est grâce au système du manège que le battage a commencé à se mécaniser dès le milieu du 19ème siècle par l’association d’une batteuse à bras et une mécanique actionnée par un manège utilisant l’énergie animale. Ce système simple et robuste de différents modèles, facile à réparer par le paysan ou les artisans du village était très avantageux en terme de production de grains, transformant peu à peu l’opération de battage au fléau
Posé sur un socle en bois, le manège était constitué d’un axe horizontal d’au moins trois mètres de long relié à la batteuse et entrainé par une roue horizontale à engrenage. Un animal tournant inlassablement autour de la machine mettait en mouvement la longue perche reliée à la petite batteuse. En tournant l’animal devait passer par-dessus l’axe situé à 15 cm du sol en général.
Batteuse à manège utilisée au hameau du Chuquet (Laurie)
La batteuse mécanique
Le battage mécanique a permis un énorme progrès de productivité dans l’agriculture, grâce la batteuse servant à battre les céréales à poste fixe pour séparer le grain de la paille et de la balle entourant l’épi. Ces diverses opérations exécutées par des générations de paysans durant des siècles par le battage au fléau, le secouage, le vannage, l’évacuation de la paille à l’aide de fourches et de cribles s’effectuaient simultanément et rapidement avec cette nouvelle machine : la batteuse.
Utilisée à l’origine pour les céréales à paille, la batteuse a ensuite été adaptée à l’obtention de graines variées.
La batteuse était calée à l’horizontale au moyen de crics sur l’aire de battage de la ferme, et actionnée par une locomobile puis par un tracteur. L’approvisionnement des gerbes déliées était assuré par l’engreneur sur la table d’alimentation au dessus de la batteuse.
Son organe principal était constitué par le batteur cylindrique tournant, entouré d’une grille fixe, le contre-batteur. La récolte engagée entre les deux pièces et sous l’effet du mouvement, les épis étaient brisés et les grains et les débris passaient à travers le contre-batteur. Une grande partie de la machine était occupée par le secoueur qui triait le grain de la paille qui subissait ensuite des opérations de nettoyage : criblage, vannage. L’ensachage terminé une bascule était souvent disposée auprès de la batteuse pour vérifier le poids des sacs d’environ 90kg.
Le battage des céréales a considérablement évolué à partir de la fin du 19ème siècle avec l’emploi de machines à vapeur, les locomobiles qui pouvaient entraîner des batteuses importantes. Pour réduire les coûts élevés et la main-d’œuvre abondante que nécessitait ce travail éprouvant, de nombreuses innovations et équipements ont vu le jour.
Le battage mécanique à la vapeur a continué à entretenir une sociabilité paysanne très dense qui existait déjà lors des anciennes pratiques du battage au fléau.
L’utilisation et l’entretien de la locomobile ou chaudière à vapeur a permis à des générations de paysans de découvrir et de se familiariser avec le machinisme agricole naissant avant que les tracteurs ne remplacent les vieilles chaudières à vapeur essoufflées.
Les entrepreneurs de battage se déplaçaient de ferme en ferme et demeuraient responsables du battage en contrôlant le bon fonctionnement du matériel. Ils fournissaient aussi du personnel en particulier l’engreneur qui veillait à ce que la batteuse ne tourne pas à vide et ne soit pas trop bourrée de récolte.
Les paysans faisaient appel à des entrepreneurs de battage locaux payés à la journée , en concurrence parfois dans le même commune. Ces entreprises fonctionneront jusque dans les années 1970 dans le Cézallier.
Monsieur Gabriel Lampre, entrepreneur de battage à Peyrusse
De nouvelles compétences pour battre la moisson
La mécanisation du battage ne fut pas seulement un processus technique au service des paysans, l’arrivée de ces grandes machines a remodelé en profondeur les rapports sociaux et l’identité des ouvriers employés au battage. Il fallait en effet avec l’utilisation de la vapeur pour le battage avoir des ouvriers capables de prendre soin des machines et savoir même les réparer. Battre nécessitait de nouvelles compétences que ce soit pour l’installation, pour le chauffage, pour l’alimentation de la chaudière, le graissage des rouages, le nettoyage régulier...
A la fin du 19ème siècle rare sont les paysans qui possèdent leur propre machine, ce furent des entrepreneurs de battage souvent locaux qui les possédaient, les entretenaient et les déplaçaient de ferme en ferme, généralement payés à l’heure avec leur propre personnel : chauffeur, délieur, engreneur.. Chaque tâche impliquait une bonne maîtrise de l’équipement, une connaissance de son fonctionnement.
L’apparition de la batteuse à vapeur à poussé à les intégrer dans la législation en les soumettant à des conditions de sécurité, l’obligation de porter sur chaque machine le nom du propriétaire.
Après l’interruption de la Grande Guerre qui a privé les campagnes de main d’oeuvre et poussé à la mécanisation accélérée du travail, le battage à vapeur s’est imposé définitivement sur les anciens systèmes avant que l’essor des tracteurs et des moissonneuses-batteuses modernes ne supplantent totalement les équipements hérités du 19ème siècle.
La locomobile
La locomobile, désignée aussi sous le nom de chaudière à vapeur était une machine à vapeur montée sur roue, déplaçable d’une ferme à l’autre. Si les première locomobiles étaient placées sur des chariots tirés par des chevaux, rapidement des roues les ont rendu automotrices.
Cette machine à vapeur ambulante exécutait diverses opérations mécaniques entraînant toutes sortes de machines agricoles, mais principalement la batteuse à céréales. Son emploi s’est généralisé au début du 20ème siècle dans les fermes du Cézallier.
Son utilisation à poste fixe doit beaucoup à ses transmissions à poulie et courroie plates qui permettaient d’accoupler facilement les machines sur n’importe lequel terrain. Un outillage accompagnait toujours la locomobile : crics et cales pour bloquer les roues et assurer ainsi la bonne tension de la courroie, bâton de résine pour améliorer son adhérence sur les poulies.
Déployée sur une grande longueur la courroie émettait de forts bruits réguliers de claquement caractéristiques de l’ambiance des chantiers de battages, marqués aussi par le sifflet à vapeur actionné pour les pauses régulières des travailleurs.
Battage au hameau de La Croze (Auriac-l’Eglise, 1938)
Le transports du matériel de battage
Le transport de la locomobile et de la batteuse exigeait prudence et savoir-faire afin de maîtriser la conduite sur les petites routes et chemins agricoles parfois bien pentus, étroits ou mal entretenus. On ne les déplaçaient guère qu’entre des lieux rapprochés.
Leur déplacement de ferme en ferme s’est d’abord effectué avec des bœufs ou des chevaux.Un attelage tractait la batteuse, un autre le lieur et un troisième la locomobile ou le moteur électrique quand celui-ci a remplacé la locomobile . On entendait arriver de loin le convoi car les routes n’étaient pas goudronnées mais simplement empierrées et les engins avaient des roues en fer. Ensuite, après la seconde guerre mondiale,sont arrivés les tracteurs.
Sur l’aire de battage, l’utilisation du tracteur avait le même rôle que la locomobile ou le moteur électrique . Ce dernier était relié au réseau électrique à l’aide de perches que l’on accrochait aux fils.
Monsieur Pierre Donavy, entrepreneur de battage à Laurie avec sa batteuse Breloux de 1930
Le jour de la batteuse, bien que le travail soit dur, était considéré comme jour de fête, car il représentait le couronnement de toute une année de travail. Le battage du blé, ce moment important des travaux agricoles d’été qui demandait beaucoup de bras, donnait lieu à un travail solidaire entre voisins qui s’aidaient réciproquement pour louer une batteuse avec sa locomobile à un entrepreneur de battage.
La batteuse était actionnée au moyen de poulies et de courroies par une machine à vapeur fixe. Ce système imposait de rassembler la récolte en un seul endroit généralement proche des bâtiments de la ferme.
Chacun tenait soigneusement son rôle pour le déliage des gerbes et leur introduction dans la machine à battre. Les grains sortaient de la batteuse et un homme veillait au remplissage des sacs en toile de jute. Les plus costauds se retrouvaient porteurs de sacs sur leur dos jusqu’au grenier à grain. D’autres s’occupaient de la mise en meule de la paille. Avec une batteuse modeste il fallait le concours d’une vingtaine d’hommes, les femmes servaient à boire au son du sifflet de la locomobile et s’affairent aux cuisines car la nourriture prenait une dimension importante dans une journée rythmée par de nombreuses pauses.
Travail collectif intense, la journée de battage se terminait autour d’un copieux repas festif préparé par les femmes.
La moissonneuse-batteuse automotrice en associant simultanément les deux opérations a mis fin à cette pratique de travail collectif dans le monde paysan.
L’indispensable sac de jute pour le grain et la farine
Utilisé depuis des siècles pour conditionner, transporter des denrées, conserver, commercialiser, le sac en toile de jute, matière de fibre naturelle, était d’un usage courant dès le cours du 19ème siècle en Auvergne pour le conditionnement et le transport du grain et de la farine, de la pomme de terre, de la lentille...
Le sac de jute était le plus utilisé dans le monde agricole comme matériau de protection des céréales car il associait de bonnes capacités de résistance à un coût modéré. Il pouvait être réutilisé plusieurs fois car sa bonne résistance mécanique réduisait les risques de déchirures. De plus, il protégeait efficacement les produits des rayons du soleil tout en les laissant respirer.
La manipulation des sacs était rendue facile grâce à sa matière peu glissante. Ainsi, on pouvait édifier des piles de sacs sur des charrettes pour les porter au moulin et les monter dans les greniers.
Lors des battages on portait le sac de grain d’environ 80 kilos sur l’épaule pour le monter dans le grenier pour le stockage ou le séchage. Chaque paysan fournissait ses sacs.Mais parfois les porteurs utilisaient leurs propres sacs .
Porteur de sac sur les épaules
Denis Hermet raconte ce moment au hameau du Lac (Vèze) quand les hommes assuraient cette fonction de porteur de sac lors des battages dans les fermes : « Un homme fixait alternativement, un sac de jute à chaque clapet de la batteuse, ouvrait la trappe et veillait à son remplissage. Le sac plein, il le libérait, le fermait avec une méthode bien particulière, le plissage et le liait avec une ficelle en faisant une double boucle.Un autre homme rangeait les sacs pleins en attendant les porteurs.
Quand le porteur arrivait, les deux hommes prenaient un sac plein à chaque extrémité. Deux ou trois balancements, le sac s’envolait et atterrissait sur les épaules du porteur qui avait fait un quart de tour pendant que le sac était en l’air. Le porteur prenait alors d’un pas régulier la "montade" qui conduisait au grenier en maintenant le sac fermé avec sa main. Là, il se libérait de son fardeau, tirait sur la boucle de la ficelle, soulevait le fond du sac. Le grain s’écoulait alors dans la parcelle du grenier qui lui était réservée sur une cinquantaine de centimètres de hauteur, en séparant les différentes céréales par des planches. Les sacs étaient soigneusement vidés de tout grain pour éviter que les souris ne les trouent... »
Certaines fermes avaient installé des poulies pour pouvoir monter les sacs avec une corde comme dans les moulins. Parfois le grain restait stocké dans des sacs plus grands en attendant le passage d’un négociant.
Le stockage des récoltes a toujours été une composante essentielle de l’agriculture permettant aux paysans de conserver leurs grains dans de bonnes conditions. C’était même une obligation mais sujet à certaines contraintes : tri des céréales, gestion des insectes et des rongeurs. Le lieu de stockage avait aussi son importance. Il devait disposer d’une bonne circulation de l’air afin de maintenir les grains au sec, évacuer les gaz et prévenir les moisissures et la germination.
Pour conserver le grain à la ferme à une époque où les silos n’existaient pas, les solutions variaient. Les grains étaient le plus souvent stockés dans la partie supérieure de la maison ou de la grange, soit directement en vrac sur le plancher, soit dans des sacs remplis lors du battage à la ferme. On en sélectionnait une partie pour servir de semence pour l’année suivante, bien protégés dans des récipients d’osier ou de paille de différents dimensions ou dans des meubles spécifiques.
Ce stockage des céréales avait plusieurs objectifs : la conservation provisoire avant leur transformation au moulin, la conservation dans le but de commercialisation ou d’auto-subsistance, et la sélection d’une partie des grains en prévision des semences futures.
Des outils pour manipuler et conserver
Les pelles à grain
Souvent en noyer cet outil servait à remuer le grain pour l’aérer. Un modèle de petite pelle en fer était utilisé pour mettre le grain dans un sac ou pour le transférer dans un décalitre
La mesure à grain (le cartou)
Objet de différentes tailles correspondant à des capacités, du décalitre au double décalitre, particulièrement utile pour mesurer la quantité de grain soit avant sa mise en sac pour le commercialiser ou le conduire au moulin, soit pour bien quantifier la semence avant les semailles à la volée. (modèle Le Maigre Charmensac)
Les mesures à grain devaient être justes et conformes à la réglementation, être ferrées en haut et en bas avec la barre au milieu en fer servant pour le transport. Certaines étaient entièrement métalliques
Le panier en paille et osier
Cet objet de vannerie de différentes tailles servait surtout à conserver les semences. En effet, le grain stocké fermente et dégage donc des gaz. Il était donc nécessaire de le conserver dans des récipients aérés (modèles conservés dans les hameaux de La Coharde-basse, Anliac (Laurie), Auriac-l’Eglise
Le meuble à grain
Pour conserver différentes céréales et éviter de les disperser sur le sol du grenier certaines fermes disposaient de grands meubles spécifiques installés à demeure dans un grenier (Modèle au Lac, Vèze)
Les halles au blé
Points centraux des petites villes comme Massiac et Blesle, les halles au blé souvent très anciennes jouaient un rôle important dans l’économie locale. Ces marchés couverts où l’on vendait et stockait le blé et d’autres céréales, étaient non seulement des lieux de commerce contrôlé et réglementé du blé, de transaction, mais aussi des points de rencontre et d’échange pour les paysans, commerçants et la population environnante.
Halle au blé de Massiac
Construite au centre du bourg médiéval de Massiac en 1769 sur l’emplacement de la chapelle Saint-Jean. Elle fut démolie en 1961 pour l’agrandissement de la place Saint-Jean.
Halle au blé de Blesle
Située au centre de la ville aux pieds de la tour des Mercoeur, la halle connaissait une intense activité les jours de marché de lors des foires et attirait même la population du Cantal tout proche.
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