Traditions culinaires
Si la vallée de la Sianne ne possède pas de recettes types locales, par contre, les familles ont su au cours des siècles prendre le meilleur des pratiques culinaires de Haute-Auvergne. Ainsi, on se tramsmet de génération en génération des recettes préparées à la mode locale avec les produits prélévés pour la plupart sur place. Un inventaire qui permet de mesurer combien la cuisine est l’expression à la fois des ressources naturelles locales, des savoir-faire des anciens et des pratiques sociales...
Les souvenirs de ces Noëls de mon jeune âge restent gravés dans ma mémoire. Pour les enfants, dès qu’ils le pouvaient et même s’il fallait les porter c’était une joie immense de participer à cette expédition de la messe de minuit. Pour cela, il n’était pas question d’avoir sommeil. Et puis, il y avait le sabot placé dans la cheminée et au retour, le réveillon. Les appétits étaient aiguisés par cette marche nocturne et, en revenant à la maison on avait droit à un grand bol de bouillie.
..."Du petit hameau de Grèze la montée nocturne pour la messe de Noël à l’église du bourg de Molèdes ne se manquait pas, quelque temps qu’il fasse. C’était un rendez-vous que les familles de l’époque avaient à cœur de ne jamais manquer. On partait en groupe ; la marche s’organisait comme une cordée attaquant la montagne, devant, les plus forts pour tracer les chemins dans la neige ; on se donnaient la main dans les montées les plus difficiles. Le temps passait très vite car les conversations allaient bon train ou en en profitait pour répéter à pleine voix quelques cantiques de Noël. La silence de la nuit était aussi propice à la méditation et au recueillement.
Le premier et le dernier du groupe portaient une lanterne à pétrole, bien protégée contre le vent. C’était la lampe tempête que chaque famille possédait. En s’approchant du bourg et de l’église on apercevait les lumières d’autres groupes venant des autres villages. A portée de voix, dans la nuit, les groupes s’interpelaient et la conversation commençait pour se poursuivre sur la place de l’église. On échangeait des nouvelles des absents les plus âgés, restés à la maison, car leur marche aurait été difficile et ils n’auraient pu vaincre le vent des Brèches de Giniol ou les Essires, des mamans ou grand-mères qui devaient assurer la garde des tout petits.
C’était, en cette nuit de Noël une merveilleuse procession de petites lumières, convergeant vers un même point central comme le rayon d’une roue ; une prière lumineuse d’un soir sur des routes difficiles, une démarche de foi vivante et désintéressée. Il n’était pas question de réveillon plantureux avant ou après la cérémonie religieuse.
Le retour s’effectuait dans les mêmes conditions avec un l’avantage pour les gens du village de Grèze que le chemin de descente était plus facile et demandait moins d’effort. Dans la neige, la route était toute tracée.
Sabots dans le cantou et bouillie de Noël
Ah ! cette bouillie. C’est la grand-mère qui la préparait à l’avance, avec du lait, de la farine et du sucre. C’était un mélange assez consistant, susceptible de calmer les plus féroces appétits et c’était en même temps un plat rarement servi et donc très apprécié. Ma grand-mère préparait la bouillie la veille, la faisait cuire dans une grande marmite et avant de partir à la messe de minuit la plaçait dans un grand pot en grès près du feu dans le cantou pour qu’elle se tienne chaude jusqu’au retour. Une grosse souche de bois se consumait ainsi sur les chenets jusqu’au retour vers deux heures du matin et tout le monde dégustait alors la délicieuse bouillie.
La hâte de revenir de l’église était grand pour les petits enfants. Il y avait bien sûr la bouillie à déguster, mais aussi les sabots à visiter. Pendant la messe, le petit Jésus était venu dans la crèche et il avait pensé aux sabots. Il n’était pas question de père Noël dans nos campagnes du début du vingtième siècle, mais le distributeur d’orange et de papillotes était Jésus lui-même, qui descendait par la grande cheminée du cantou et venait déposer dans chaque sabot d’enfant quelques gâteries que des parents modestes pouvaient se permettre, quelques bonbons et fruits rares. Il n’était pas question de jouets dans nos campagnes auvergnates, mais ces menues friandises procuraient une joie immense. Parfois, mais de façon exceptionnelle s’ajoutait aux oranges et aux papillotes un petit objet utile, tel un petit vêtement. Un fois, en âge d’aller à l’école, un petit couteau de poche. Ma joie en avait été grande, car avec ce couteau et des morceaux de bois j’avais ainsi la possibilité de me fabriquer des jouets et aussi de couper mon pain à la grande tourte comme une grande personne.
Des bols de bouillie
L’inspection des sabots terminée, c’était autour de la table et de la grande marmite le repas familial et la dégustation de la bouillie. Le tout petits se précipitaient d’abord vers le grand pot pour vérifier s’il était toujours plein et c’est avec grande satisfaction que l’on constatait qu’il en manquait un peu ; une cuillère encore maculée de la blanche bouillie était posée près du pot et tous criaient alors : » le petit Jésus avait faim après son grand voyage et il a mangé notre bouillie »…L’art de nos grands-mères était délicat pour disposer ainsi tous les indices d’une visite nocturne tant attendue des enfants.
Alors, chacun s’asseyait à sa place habituelle, comme toujours, et la grand-mère avec la grande louche remplissait les bols de bouillie. Les grandes personnes ajoutaient même à leur bolée une bonne tranche de pain bis pour que le repas soit plus consistant et elles la mélangeaient avec leur bouillie en l’émiettant avec leur doigt…
Dans un sommeil profond, des rêves merveilleux pouvaient alors habiter nos esprits. Il n’était plus question de fatigue, de neige et de froid. C’était la joie profonde des cœurs simples et droits dans la fête de la famille entière… »
Joseph Fialip
Extrait du livre « Itinéraire d’un enfant de la vallée de la Sianne »
Fixer la mémoire culinaire du pays : tel était le but fixé par l’association en proposant aux familles de la vallée de nous communiquer leurs recettes. Objectif atteint. Le bien manger ne date pas d’aujourd’hui dans la vallée de la Sianne !
L’inventaire du patrimoine de la Vallée de la Sianne serait incomplet en effet sans la prise en compte des savoir-faire alimentaires traditionnels très souvent associés aux produits locaux.
Si la vallée de la Sianne ne semble pas avoir de recettes exclusives, la tradition du bien manger s’est renforcée par la variété des produits disponibles sur place, les modes locaux de transformation et les trucs transmis de génération en génération. Au bout du compte, une simplicité des plats familiaux, d’une grande saveur.
La culture maraîchère, l’élevage, les vergers, la chasse et la pêche, la nature environnante...ont offert et offrent encore de multiples ressources.
Produits et pratiques fixent la mémoire culinaire de notre pays : les entrées, les viandes, les poissons, les légumes, les fruits, les desserts, les confitures, les liqueurs... Voir en détail notre portail spécifique recettes.
d’Auriac-l’Eglise avant sa fermeture en 1995
Après avoir tenu la boulangerie durant plusieurs décennies, Charles Barraud et sa femme ont pris une retraite bien méritée en 1995... mais depuis, il n’y a plus de boulangerie dans la vallée de la Sianne. Nostalgie en vidéo du bon pain d’autrefois.
Voici les dernières images de la fabrication du pain à Auriac-l’Eglise quelques mois avant la fermeture définitive de la boulangerie.
Les images prises au camescope VHS en 1995 sont de qualité moyenne et numérisées pour Internet. Nous les diffusons car elles entrent désormais dans le patrimoine de la mémoire collective de la vallée de la Sianne.
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