Les moulins de la vallée de la Sianne
Les moulins de la vallée de la Sianne n’ont pas survécu aux mutations économiques du XXème siècle. L’essor du machinisme industriel et les nouvelles méthodes de production de la farine, à partir du 19ème siècle, ont contribué à la disparition progressive des moulins de villages.
Aujourd’hui, cette activité artisanale s’est définitivement éteinte. Seuls, les bâtiments les plus récents, des ruines, des morceaux de biefs, des pellières, signalent encore, pour mémoire, la place éminente du moulin dans la vallée de la Sianne.
Aller au moulin pour faire moudre son grain faisait partie des moments traditionnels du calendrier agricole et engendrait une certaine forme de sociabilité locale. Un rituel autant qu’une nécessité.
La transformation des céréales en farine produite par les paysans figure parmi les activités agro-alimentaires les plus anciennes. Après l’emploi de différentes techniques de broyage des grains par chaque famille pour sa propre consommation depuis la préhistoire, le moulin est resté durant des siècles indissociable de la quête du pain pour les populations rurales.
Le droit de moudre, privilège des nobles et des abbayes, a été aboli par la Révolution. Chaque particulier ou village pu ériger et faire fonctionner un moulin à meules. De ce nouveau droit, des dizaines de petits moulins locaux ont été construits dans le Cézallier sur les bords des différentes rivières et leurs affluents : l’Allanche, la Sianne, la Voireuse....
Au 20ème siècle les petits moulins à meules ont progressivement cessé leur activité remplacés par des moulins hydrauliques situés notamment sur la Sianne à Auriac-l’Eglise, la Voireuse à Blesle. Une rupture dans le savoir-faire ancestral de fabrication de la farine et l’apparition d’une production industrielle.
La force motrice de l’eau est une source d’énergie exploitée depuis des siècles dans le Cézallier. Elle repose sur le principe de la conversion de l ’énergie cinétique et potentielle de l’eau en énergie mécanique, notamment pour le fonctionnement des moulins grâce à différents types de roues, puis, depuis la fin du 19ème siècle avec des turbines pour les moulins importants..
Pour les moulins du Cézallier, c’est l’eau, pas le vent, qui a permis jusqu’au milieu du 20ème siècle de faire fonctionner convenablement les systèmes d’engrenages et les meules à grain et parfois à huile.
La force hydraulique était utilisée soit directement quand le moulin se situait sur la berge d’une rivière ou d’un petit cours d’eau, soit par un canal d’amenée.
On trouvait aussi des petits moulins sur des ruisseaux de montagne qui n’étaient plus que des filets d’eau en été obligeant une activité par intermittence (par boutade) grâce à un réservoir accolé au bâtiment.
La roue, cœur battant des moulins à eau, était l’élément essentiel qui transformait l’énergie cinétique de l’eau en énergie circulaire. Les moulins du Cézallier possédaient deux types de roues : verticales et horizontales.
La roue était mise en rotation par l’eau qui venait frapper les aubes, ou à pales selon leur forme et à cuillères Le mouvement relativement lent de l’arbre de la roue était multiplié avant d’être renvoyé aux meules par un système d’engrenage.
Les moulins à eau du Cézallier étaient situés sur les trois principales rivière l’Allanche, la Sianne, la Voireuse pour les plus importants et sur de petits cours d’eau.
Roue à cuillères
La roue à cuillères n’est généralement pas visible de l’extérieur du moulin. Horizontale elle est logée à l’abri des regard dans une chambre d’eau souterraine. Fixée à un axe vertical elle fonctionnait grâce à l’eau qui arrivait en jet puissant et concentré sur de petites cuillères disposées en étoile. Ce jet faisait tourner la roue et l’axe qui entraînait la meule supérieure à l’étage, sans engrenage intermédiaire.Ce modèle de roue tournait au moulin Abel-Seguy sur la Sianne.
Le système de cuillères assurait un bon rendement grâce à la technique de l’eau forcée. Ce système était idéal pour les petits moulins ruraux.
La roue à cuillères est à l’origine des turbines employées aujourd’hui dans les domaines de la production d’électricité.
Roue à augets
La roue à augets utilisée dans les moulins du Cézallier était un dispositif ingénieux constitué d’une succession de compartiments cloisonnés en forme d’auge fixées sur une roue et entraînées par le courant de l’eau d’un canal d’amenée terminant par une chute de l’eau par dessus la roue.
Cette roue en bois ou en métal était reliée à un axe qui faisait tourner le mécanisme de la meule ou un pressoir. L’ensemble du système était généralement en bois comme au moulin d’Apcher sur le ruisseau du Sautl (adapté par la suite avec des éléments en fonte aciérée) ou en métal comme au moulin hydraulique Tissidre sur la Sianne. L’eau remplissait les augets. C’est son poids qui créait le mouvement circulaire de la roue.
Une vingtaine de moulins ont été recensés sur la Sianne et ses affluents, sans compter ceux, plus dispersés implantés sur les cours d’eau traversant les communes de Charmensac et Peyrusse sur le bassin versant de l’Alagnon.
Bien des histoires accompagnent la vie des moulins, ce qui témoigne de leur importance dans les campagnes autrefois. On imagine aisément que la vingtaine de moulins dans la vallée de la Sianne étaient l’un des pôles d’activités, la machine nécessaire à la vie des paysans et à l’approvisionnement des villages. Ces moulins servaient de nombreuses petites communautés issues de la poussée démographique de la fin du 18èmme siècle.
Le moulin était en quelque sorte le médiateur incontournable du blé au pain quotidien, entre l’église et le château. Le meunier était l’homme de la technique et l’artisan du progrès en maîtrisant l’énergie hydraulique, en développant les roues à aube, en utilisant les grandes meules en pierre puis les engrenages en bois. Les moulins ont façonné autour d’eaux des sites à leur service. Les biefs, les vannes, les déversoirs étaient des éléments essentiels qui aidaient la Sianne à respirer.
Les moulins étaient des monuments vivants, insérés dans la vie économique. Ils écrasaient le blé, le seigle et l’orge, le chanvre, sciaient le bois, broyaient les noix du pays pour en faire une huile super vierge. Ils pressaient les pommes des prés-vergers du fond de vallée pour donner un petit cidre du pays. Au début du XXème siècle ils ont produits de l’électricité.
Le progrès à eu raison d’eux, alors qu’ils avaient engendré la mécanique moderne et accumulé tout un savoir faire. Le dernier moulin de la vallée de la Sianne a cessé toute activité en 1965.
La diversité des cours d’eau sur notre territoire, l’installation des moulins près des Estives, sur les côtes, dans les vallons, en fonds de vallée près de la Sianne, ont suscité une multitude de techniques et de modèles architecturaux.
L’installation de petits moulins avait l’avantage d’être peu coûteuse et de pouvoir s’élever dans des secteurs parfois très accidentés sur des affluents de la Sianne au débit irrégulier. On trouvait aussi de petits moulins à l’extrémité de notre territoire du Cézallier sur les communes de Charmensac et de Peyrusse.
Les moulins de la vallée de la Sianne sont à l’image des constructions du pays. Ils sont en pierre. Les angles des murs sont souvent renforcés par de gros blocs bien appareillés. Celui de Serre-bas (Auriac-l’Eglise) est un modèle du genre.
D’aspect rustique, ils n’en sont pas moins fonctionnels et particulièrement robustes, comme le rappellent encore les nombreuses ruines. La toiture est en général à deux pans. Les plus anciens moulins étaient couverts soit en lauze (Chazelou, la Terrisse, Serre…), soit en chaume (La Tour, Allagnon…)
Une présence très ancienne
Dans l’Auvergne médiévale, le broyage du grain était une entreprise seigneuriale. Le seigneur de Colombine (Molèdes) faisait payer le « droit de mouture » et pouvait contraindre les habitants sous son contrôle à utiliser son moulin de Fournial. Ce droit de mouture sera abolit par la loi des 15 et 28 mars 1890.
L’opportunité de gains importants
Les seigneurs locaux avaient ma main mise sur les moulins. Le broyage du grain était devenu une entreprise seigneuriale exigeant investissement, personnel permanent… et surtout l’objet d’un prélèvement fiscal. On sait que le château de Colombine (Molèdes) avait son moulin à Fournial. Celui des Fortuniers (Vèze) était implanté sur le ruisseau de la Fontaine Saint-Martin.
Les dernières mise en ligne
Imprimer