L’irrigation le long de la Sianne
Les près vergers du fond de vallée (les Prats) étaient irrigués à l’aide de rases ou rigoles (Las rasas) alimentées par l’eau de la Sianne.
Ce système traditionnel d’irrigation (qui subsiste encore) fonctionnait du hameau d’Allagnon au Babory de Blesle.
La Sianne porte encore diverses traces d’une cohabitation entre les populations des villages et le milieu aquatique. Parmi ces traces de petites infrastructures rehaussent la ligne d’eau : les pillières .
Une dizaine de pillières ont été élevées en travers le cours de la Sianne dès la fin du 19ème siècle pour alimenter en eau les rases d’irrigation et les biefs des moulins.
Construites en maçonnerie sur une faible hauteur, inclinées ou avec paliers pour rester stables dans le temps, les pillières sur la Sianne retenaient un certain volume d’eau en faisant obstacle à l’écoulement naturel de l’eau de la rivière pour un prélèvement et l’utilisation de sa force motrice.
L’eau ainsi ralentie, les pillières assuraient aussi une certaine poussée permettant de mieux diriger une petite partie de son débit vers un bief ou canal d’irrigation.
Depuis des siècles les populations du Cézallier ont eu la préoccupation de la maîtrise de l’eau et de la conduire là où ils en avaient besoin. L’irrigation est une pratique qui a connu une grande importance de manière inégale dans certains secteurs du Cézallier.
L’irrigation traditionnelle concernait avant tout des prairies et non les cultures. Des rases, saignées ouvertes dans les pâtures, assuraient le drainage notamment sur les plateaux mais aussi l’apport d’eau dans les prés des fonds de vallée.
Lorsque cela était possible la méthode d’irrigation consistait à dévier l’eau de la Sianne ou d’un ruisseau et de la faire couler sur la surface de la prairie au moyen de petits canaux creusés dans les parcelles. La Sianne se prêtait facilement à l’utilisation de son eau dans les prairies naturelles par la submersion qui associait drainage et irrigation.

Le droit d’irriguer était calculé par rapport à la surface de chaque parcelle de façon à ce qu’elle reçoive de l’eau une fois par semaine.
De la pellière construite en travers de la rivière partait la rase "mère" qui bordait chaque prés à arroser. Dans le terrain, des rases secondaires étaient creusées.
Fréquemment ces rases délimitaient les parcelles. Tous ces canaux demandaient à être entretenus chaque année sous peine d’une détérioration rapide provoquant une mauvaise circulation de l’eau.
L’entretien des rases était effectué par les propriétaires du terrain ou son exploitant à l’aide de la bêche à rigoles et du coupe rigoles.
Les anciens avaient mis au point des techniques basées sur l’expérience. Les rases devaient être bien orientées par rapport à la pente, leur profondeur calculée pour que l’eau circule rapidement, car de la promptitude de l’écoulement durant le temps réglementaire dépendait en grande partie le succès de l’irrigation hebdomadaire.
Un pré était bien arrosé quand l’eau se diffusait dans l’herbe sans jamais la couvrir. Quelques parcelles du fond de vallée bénéficient encore de ce système d’irrigation. Ils sont repérables durant l’été par la belle couleur verte de l’herbe.

Le droit d’eau instituait une partage du bien collectif selon l’espace et le temps. C’était toute une organisation qui se référait à des actes notariés où étaient consignées les droits et les servitudes de chaque parcelle. Chaque usager avait les eaux à sa seule disposition pendant un certain temps, c’était l’ajournement. Chacun veillait à ses droits et les conflits naissaient facilement.
Le règlement d’eau sur les parcelles des dix propriétaires de la Vernède et de Malpas près du hameau de La Croze (Auriac-l’Eglise) offre un règlement type des droits et des devoirs de chacune des parties.
Le droit d’irriguer a fait l’objet d’une réglementation afin d’éviter le conflits entre les paysans, les meuniers et autres utilisateurs de l’eau. Il était calculé par rapport à la surface de chaque parcelle de façon à ce qu’elle reçoive de l’eau une fois par semaine. Cette gestion du volume d’eau exigeait un type d’organisation collective non contestable.
La rase d’amenée du coté de la Vernède avait une largueur de 60 centimètres et une profondeur suffisante pour assurer l’écoulement de l’eau avec un minimum de 30 centimètres. La rase d’amenée du coté de Malpas avait une largeur de 40 centimètres et une profondeur de 20 centimètres.
Chaque usager dans toute la traversée de sa propriété devait maintenir constamment en état de circulation la rase d’amenée l’intéressant, laquelle ne pouvait, sauf accord avec tous les voisins du même côté être détournée ou déplacée, ni couverte, sauf pour le passage des chars.
Les entrées à la prise d’eau devaient être bien dégagées afin de faciliter au maximum le passage de l’eau. Les barrages volants et autres travaux légers nécessaires dans le lit de la rivière pour obtenir l’élévation du niveau de l’eau, profitant à tous, devaient être faits en commun.
Les périodes d’irrigation ont également fait l’objet d’un strict partage. Le règlement de 1945 validé devant le notaire de Massiac nous apprend que le nombre d’heures à disposer était de 168 heures par semaine à raison de sept heures par jour pour la période dite libre et de 60 heures pour la période réglementée du samedi 18h au mardi matin 6h. Chaque usager avait pendant ses heures d’attribution le droit exclusif à la totalité de l’eau dont il pouvait disposer comme il l’entendait.
Règlement fait devant notaire à Massiac ;

Rase et sa pierre de passage pour la franchir
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